Le ton est grave, le contenu explosif, et la portée éminemment politique. Dans un long message publié le 31 décembre dernier adressé aux combattantes et combattants pour l’année 2026, le Collège des Fondateurs de l’UDPS, sous la signature de François Lusanga Ngiele, ravive la mémoire historique du parti, dénonce ce qu’il considère comme une confiscation de l’héritage udpsien et annonce une série d’actions qui pourraient peser lourd sur l’avenir du parti au pouvoir, jusqu’aux élections de 2028.
Le document replonge d’abord dans les origines, avec la lettre du 30 novembre 1980 signée par 13 Députés nationaux du Zaïre, demandant la démocratisation au Maréchal Mobutu. Les auteurs y rappellent les conséquences : arrestations, emprisonnements, relégations, humiliations, atteintes aux familles. C’est dans cette trajectoire que l’UDPS est présentée comme une œuvre née du sacrifice, créée le 15 février 1982 chez le doyen Joseph Ngalula.
Le texte insiste ensuite sur l’architecture initiale du parti : un directoire reposant sur l’équilibre géopolitique avec Kibassa Maliba comme Président national, assisté notamment par Marcel Lihau et Vincent Mbwankiem.
Le point de rupture : 1990, puis 1996
Selon les Fondateurs, la crise interne prend forme avec la dégénérescence du conflit Tshisekedi–Ngalula, l’exclusion de Ngalula en avril 1990, puis l’entrée d’Etienne Tshisekedi dans la direction du parti. Le document affirme que c’est là que commence « le déclin ».
Mais le moment décrit comme décisif est le 22 juin 1996 : il est reproché à Etienne Tshisekedi d’avoir décidé, « sans titre ni droit », une division unilatérale, en excluant une majorité de collègues Fondateurs hors de l’organe habilité, avec l’appui d’une structure qualifiée de non statutaire.
Le message va plus loin, évoquant des infiltrés, un agenda caché, la mainmise par des réseaux, et même des faits graves : assassinats, menaces, intimidation, et un passage particulièrement sensible sur un double bombardement visant la permanence du parti liée à la famille Kibassa, drame qui aurait causé la mort d’un proche à la place de la cible visée.
Ces accusations relèvent aussi de questions judiciaires et sécuritaires. Elles visent à démontrer une thèse : l’UDPS aurait été progressivement vidé de sa substance et des Fondateurs, pendant que renaissaient les antivaleurs que le parti combattait historiquement entre autres : la gabegie, les détournements, et l’impunité.
En ce début de 2026, les Fondateurs appellent chaque combattant à se lever pour exiger du Président de la République, Félix Tshisekedi, présenté comme cofondateur une rupture avec l’entourage accusé de gérer le parti sans transparence. Ainsi, ils ont énuméré trois exigences :
– Se débarrasser de tous ceux qui gèrent l’UDPS/TSHISEKEDI,
– Organiser un audit à tous les niveaux, sans exception,
– Fournir une justification préalable de toute gestion avant toute nouvelle étape politique.
« Le Chef de l’État est en danger », affirment les Fondateurs, avertissant que certains alliés d’aujourd’hui pourraient devenir des adversaires dès qu’ils seraient écartés.
Refus d’utiliser le mot UDPS aux élections de 2028
Les Fondateurs déclarent qu’ils refusent dès maintenant l’utilisation du nom UDPS sous des formules du type UDPS/X ou UDPS/Y en 2028. Autrement dit, ils annoncent une bataille de légitimité juridique et de propriété politique du sigle, au nom du respect de la loi sur les partis. Cette démarche constitue la menace d’une contestation formelle pouvant viser l’enregistrement, l’éligibilité ou la reconnaissance de certaines entités politiques.
Les Pères de l’UDPS annoncent saisir les institutions compétentes pour prévenir tout acte allant en l’encontre de leur décision : le Ministère de l’Intérieur, la CENI, et au niveau international : l’Union Européenne ou encore la Commission des Droits de l’Homme.
Les Fondateurs affirment détenir des preuves, des archives, des procurations légalisées, et être prêts à confier des dossiers à un collectif d’avocats.
La dimension sociale
Enfin, le message insiste sur la situation des veuves des Fondateurs, des orphelins, et des anciens militants laissés pour compte. François Lusanga Ngiele annonce le risque de cessation de la prise en charge de certaines familles faute de moyens, ouvrant la perspective d’un appel humanitaire international.
L’année 2026 s’ouvre donc sous une tension de réconciliation encadrée, ou bras de fer juridique et politique sur la légitimité originelle de l’UDPS, avec en arrière-plan la bataille du contrôle du parti et de son récit fondateur.
La Pros.