Le prochain Sommet de la Francophonie se tiendra au Cambodge les 15 et 16 novembre 2026 dans les villes de Phnom Penh et Siem Reap, autour du thème de la paix comme vecteur de développement durable. Ce XXe Sommet sera l’occasion d’élire un nouveau Secrétaire général ou de reconduire l’actuel Secrétaire générale de la Francophonie, la Rwandaise Louise Mushikiwabo, pour un troisième mandat. MABIALA Ma-Umba, Délégué général à la Francophonie, ancien Directeur de l’Education et de la Jeunesse à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), répond aux questions clefs que se posent les Congolais sur cette élection.
Question : Madame Louise Mushikiwabo termine son deuxième mandat à la fin de décembre 2026. Le ministre des Affaires Étrangères du Rwanda a annoncé dernièrement que Madame Mushikiwabo va briguer un troisième mandat comme Secrétaire général de la Francophonie. Est-ce qu’elle en a le droit ?
Réponse : Madame Mushikiwabo a parfaitement le droit de briguer un troisième mandat. En effet, le Règlement unique des instances de la Francophonie, adopté à Paris le 16 mars 2022 par la Conférence ministérielle de la Francophonie, n’impose pas de limites de mandat. Il convient de rappeler à ce sujet qu’il y a un précédent dans l’histoire de la Francophonie : le Président Abdou DIOUF a fait trois mandats comme Secrétaire général de la Francophonie.
Question : Est-ce que le Rwanda est toujours membre de la Francophonie ?
Réponse : Loin de toute polémique émotionnelle, nous confirmons que le Rwanda est bel et bien membre de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Contrairement à une certaine opinion qui soutient le contraire, le Rwanda n’a jamais quitté l’OIF. Comme le Canada ou le Cameroun, le Rwanda est à la fois membre du Commonwealth et de l’OIF. Précisons que rien n’empêche la RDC de faire la même chose, à condition, bien sûr, de remplir les conditions d’adhésion au Commonwealth. Rappelons que l’OIF rassemble des Etats et gouvernements entièrement ou partiellement de langue française.
Question : La République Démocratique du Congo (RDC) est quand même le plus grand pays francophone. Pourquoi le poste de Secrétaire général de la Francophonie ne revient-il pas à la RDC ?
Réponse : On peut considérer que la RDC est potentiellement le plus grand pays francophone, en termes de population. Mais, pour être précis, disons qu’en termes de locuteurs réels, c’est-à-dire ceux qui parlent français au quotidien, c’est plutôt la France qui est le plus grand pays francophone. La RDC vient en deuxième position. Cependant, il ne fait aucun doute que d’ici quelques années, avec la croissance démographique, la RDC deviendra le plus grand pays francophone en termes de nombre de personnes qui parlent français. Cela étant dit, le fait d’être le plus grand pays francophone ne donne pas ou ne donnera pas de droit spécial à la RDC. Au sein de l’OIF, tous les Etats et gouvernements membres sont sur le même pied d’égalité. Si la RDC veut qu’un de ses citoyens occupe le poste de Secrétaire général, il faudrait qu’elle présente un candidat et qu’elle fasse campagne pour que ce candidat soit élu.
Question : Est-ce que la RDC est obligée de donner sa voix à Madame Mushikiwabo, candidate d’un pays qui nous agresse ?
Réponse : La RDC n’est pas obligée de donner sa voix au pays qui nous agresse. Pour barrer la route à Madame Louise Mushikiwabo, il ne suffit pas de s’opposer à sa candidature. Il faut plutôt soutenir ou proposer un autre candidat de poids qui jouit d’une crédibilité et d’un rayonnement indéniables dans le monde francophone et au-delà.
Question : Avons-nous des compatriotes capables de « challenger » la Rwandaise Mushikiwabo ?
Réponse : Bien sûr ! La RDC a des compatriotes capables de « challenger » la Rwandaise, mais il faut que l’Etat congolais, en sa qualité de membre de l’OIF, en présente officiellement un comme candidat et fasse campagne pour lui auprès des Chefs d’Etat et de gouvernement ! Ce sont ces derniers qui élisent le Secrétaire général de la Francophonie.
Question : Quels sont les critères pour être candidat au poste de Secrétaire général de la Francophonie ?
Réponse : D’après le règlement unique des instances de la Francophonie, le poste de Secrétaire Général de la Francophonie est ouvert « à tou(te)s ressortissant(e)s d’un Etat ou gouvernement membre de plein droit remplissant les critères suivants : – posséder les plus hautes qualités de compétence, de qualification, d’expérience et d’intégrité ; – avoir exercé les fonctions de Chef(-fe) d’État ou de gouvernement ou d’autres fonctions officielles importantes dans l’État ou gouvernement dont il ou elle est ressortissant(e), ou encore avoir occupé une fonction de responsabilité à la tête d’une organisation internationale ou régionale ; – avoir fait la preuve de son engagement en faveur des valeurs et priorités énoncées dans la Charte de la Francophonie. »
Dans la pratique, un candidat au poste de Secrétaire général de la Francophonie ne doit pas nécessairement être un ancien Chef d’Etat mais il faut garder à l’esprit que le Secrétaire général est la clef de voûte des institutions de la Francophonie. Il a rang de Chef d’État. Il remplit ses fonctions de manière indépendante, au service de l’ensemble des États membres. Il doit par conséquent être un homme ou une femme crédible, qui inspire confiance et respect. Les Etats membres recherchent une personnalité inspirante, reconnue mondialement pour son engagement en faveur de l’humanité, de la paix, de la démocratie, des droits de l’homme, de la bonne gouvernance, respectée aussi bien par les Chefs de l’Etat que par les citoyens ordinaires.
Toute candidature au poste de Secrétaire général(e) doit être adressée, par les voies diplomatiques habituelles, par un État ou gouvernement membre de plein droit auprès du ou de la président(e) en exercice du Sommet qui en prend acte. Chaque État ou gouvernement membre de plein droit ne peut présenter qu’une seule candidature.
Question : Est-ce que la RDC présentera un candidat au poste de Secrétaire général de la Francophonie ?
Réponse : La décision appartient à l’Autorité Suprême du pays. Le peuple congolais et l’opinion internationale le sauront au moment opportun, sans doute bientôt.
La Délégation Générale à la Francophonie est une structure permanente du ministère des Affaires Etrangères, de la Coopération internationale, de la Francophonie et Diaspora Congolaise qui sert d’interface entre la RDC et les institutions de la Francophonie.
MABIALA, Ma-Umba
Délégué Général à la Francophonie – Correspondant National de l’OIF pour la RDC.
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