La capitale congolaise s’engage dans un tournant assumé de fermeté. Lundi 19 janvier 2026, le Gouverneur de la ville de Kinshasa, Daniel Bumba, a annoncé une série de mesures strictes destinées à assainir la circulation, à rétablir l’autorité du Code de la route et à remettre de l’ordre dans un secteur du transport devenu, au fil des années, une source majeure de pertes de temps, de risques et d’angoisses quotidiennes pour des millions d’usagers.
L’entrée en vigueur est fixée au lundi 26 janvier 2026. Sur le terrain, l’annonce ne se limite pas à un rappel à l’ordre. Une mission mixte permanente de plus de 3 000 agents sera déployée sur 60 carrefours et axes sensibles. Les sanctions annoncées sont, elles aussi, sans ambiguïté : amendes, immobilisation et mise en fourrière pour les contrevenants.
Le Gouverneur a rappelé que la circulation n’est plus un désordre toléré, mais un espace public soumis à des règles communes, et surtout à des contrôles.
‘’Notre mobilité est devenue un enjeu majeur’’
Daniel Bumba a campé le décor en des termes qui résonnent avec l’expérience quotidienne des Kinois : embouteillages interminables, indiscipline routière, accidents, anarchie du stationnement, multiplication des marchés pirates et dérives du transport en commun.
‘’Kinoises et Kinois, notre ville s’agrandit et notre mobilité est devenue un enjeu majeur. Les embouteillages, les accidents de circulation, l’indiscipline routière et le désordre dans le secteur de transport pénalisent la productivité, notre sécurité et notre qualité de vie. Face à cette situation, le gouvernement provincial de Kinshasa a décidé d’agir avec responsabilité et fermeté au profit de l’intérêt général’’, a déclaré Daniel Bumba dans son introduction.
Dans cette déclaration, la réforme est présentée comme un choix de sécurité, de productivité et de qualité de vie, plutôt qu’une simple opération de répression.
La nouveauté majeure réside dans le caractère permanent et multisectoriel du dispositif : police, services urbains et structures spécialisées seront mis ensemble dans une même mécanique d’exécution.
‘’A compter du lundi 26 janvier 2026, une mission mixte permanente de 3 000 agents issus de la police nationale congolaise, de la division urbaine de transport, de la brigade spéciale de protection de l’environnement ainsi que de la régie des fourrières et du contrôle technique sera déployée sur l’ensemble de la ville de Kinshasa, notamment sur 60 carrefours et les axes routiers sensibles et conflictogènes. Leur mission est claire, faire respecter la loi et les règlements, fluidifier la circulation et protéger la vie des usagers. Désormais, le respect du code de la route n’est plus une option mais une obligation’’, a-t-il martelé.
Le Gouverneur pose ainsi une équation simple : contrôle et sanction pour un changement de comportement. Et il ancre cette équation dans un dispositif visible, supposé dissuasif, et surtout étendu à toute la ville.
Dans son viseur, l’irrégularité administrative qui est devenue, selon les autorités, un standard dans certaines branches du transport. Désormais, tout conducteur devra présenter, et maintenir à jour, des pièces précises.
‘’Seront rigoureusement exigés, le permis de conduire, le contrôle technique valide, la vignette, l’autorisation de transport, l’assurance et le respect de la grille tarifaire du transport en commun. Les contrevenants s’exposeront à des amendes, à l’immobilisation et la mise en fourrière de leurs véhicules’’.
Pour le transport en commun, l’ajout du respect de la grille tarifaire officielle est un signal fort : au-delà de la fluidité routière, la ville veut reprendre la main sur un secteur où l’usager se plaint souvent d’augmentations improvisées, de “prix au feeling” et de pratiques abusives lors des pluies, des embouteillages ou des heures de pointe.
Autre axe de la réforme, la gestion des camions de grand tonnage et des véhicules de livraison. Objectif affiché : préserver la fluidité du trafic et réduire les risques d’accidents sur les grands corridors.
‘’Le véhicule de 20 tonnes et plus ainsi que le véhicule des livraisons circuleront selon des horaires réglementés, soit de 22h à 5h, le lundi, mardi et mercredi. Circulation libre pour les jours restants tout en respectant l’accès dans la ville qu’à partir de 22h jusqu’à 5h’’, a souligné le Gouverneur.
L’annonce ne s’arrête pas aux papiers et aux tonnages. Elle cible aussi trois phénomènes qui transforment les artères en zones de confusion permanente : le stationnement anarchique, l’occupation illégale de la RN1 aux heures réglementées par certaines catégories d’engins, et les marchés pirates le long des grandes routes.
Sur le plan pratique, c’est une tentative de désencombrement des voies en vue de dégager la chaussée, limiter les conflits d’usage, et rétablir des couloirs de circulation réels là où la route devient parfois une juxtaposition d’arrêts improvisés, d’étals, de demi-tours à risque et de zigzags.
Nathan Mundele