Dans un contexte marqué par la poursuite des initiatives autour du dialogue et de la résolution de la crise sécuritaire à l’Est de la République Démocratique du Congo, le Ministre de la Communication et Médias, Porte-parole du Gouvernement, Patrick Muyaya Katembwe, est revenu, le week-end dernier, avec fermeté sur les déclarations attribuant aux Forces armées de la RDC (FARDC) une responsabilité dans les tueries perpétrées dans les zones en conflit. Intervenant sur la question du rôle de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) dans les dynamiques de médiation, le Porte-parole du Gouvernement a estimé que certaines prises de position appelaient à une clarification.
Halte à la neutralité
Ne tombant pas dans le piège de la généralisation, Patrick Muyaya a, cependant, déploré l’attitude de certaines personnalités, lors de leur passage dans les médias ou des personnes commises à leur charge, tendant vers le jeu de l’ennemi.
« Il y a évidemment un besoin d’interroger l’attitude de certaines personnalités dont Monseigneur Donatien Nshole. Il le sait : on ne peut pas mettre sur un même diapason une armée régalienne, jouant sa mission de la défense du territoire national, et un groupe créé et financé pour les besoins de la guerre d’un pays voisin qui nous agresse », a déclaré le Porte-parole du Gouvernement.
Renchérissant ses propos, il a épinglé que l’exercice de médiation ne saurait justifier une neutralité qui, dans sa perception, pourrait être interprétée comme une mise en équivalence entre l’armée nationale et des groupes armés soutenus de l’extérieur.
« Ce n’est pas parce que la CENCO a voulu se mettre dans une position de médiation que cela lui empêche de dénoncer le mal. Ce n’est pas parce que l’Abbé Nshole ou l’Archevêque Muteba aura dénoncé le mal du père et du fils, en l’occurrence du Rwanda et du M23, exprimé leur solidarité pour les populations en souffrance, qu’ils seront privés du rôle qu’ils veulent jouer. Lorsque je regarde les propos et postures venant à la fois de Mgr Nshole ou de l’Archevêque Muteba, les réactions de Congolais en disent long de ce qu’ils pensent de leur action depuis le début de ce conflit. Et je pense que les Congolais qui critiquent leur posture en l’assimilant au jeu de l’ennemi ou ne se montrant pas pleinement engagés du côté de la patrie, ils trouvent ici leur raison et c’est fort malheureux », a précisé Patrick Muyaya.
Attitude douteuse
Le Porte-parole du Gouvernement a, par ailleurs, tenu à préciser que le Chef de l’État n’avait pas formellement mandaté l’initiative évoquée, tout en rappelant son ouverture constante au dialogue.
« Le Président de la République ne leur avait pas donné mandat dès le départ. Mais par contre, il a été à leur écoute au début et à la fin de leur initiative. Nombreux pensaient que le Président ne les recevrait pas, mais le Chef de l’État est profondément un homme de paix et a toujours montré son ouverture et son respect vis-à-vis de tout ce qui touche au domaine religieux », a-t-il dit.
Cependant, Patrick Muyaya a également évoqué la portée symbolique de certaines images diffusées au moment où la ville de Goma faisait face à une intensification des violences.
« Mais dès le départ, il y a eu un problème dans la symbolique lorsque nous avons tous vu ces images de Goma, encore en train de saigner et d’enterrer ses morts estimés à près de 10.000 en trois ou quatre jours, sous l’offensive du père le Rwanda et du fils le M23. Mais l’attitude de certains pères de l’Église en cette période précise ressemblait fort malheureusement à un lavage de tous les auteurs de ces crimes. Les doutes qui se soulèvent dans l’opinion sont fondés », a souligné le Ministre de la Communication & Médias.
Feuille de route pour le dialogue
Abordant l’aspect du dialogue tel qu’évoqué dans la logique du Président de la République, Patrick Muyaya a précisé que les initiatives en cours s’inscrivent dans un cadre structuré.
« Il existe bel et bien une feuille de route qui propose un cheminement. Et au moment opportun, en tenant compte de l’évolution des sujets ainsi que de la posture des uns et des autres, une suite sera réservée à cette démarche », a-t-il exprimé.
John Ngoyi