(Par Professeur Florent Gabati)
La diabolisation de l’ancien président Joseph Kabila, des figures emblématiques de l’opposition et des responsables de la société civile congolaise observée ces derniers temps en RDC doit être considérée comme une approche nuisible à la cohésion nationale. Considérer la question de la liberté d’expression de l’ancien chef de l’Etat ou d’autres figures emblématiques du pays comme un tabou ou une omerta empêcherait de définir les contours démocratiques de la prise de parole. Il n’existe pas un texte formel imposant une réserve à l’ancien président. C’est pourquoi, dans cet environnement incertain, le discours politique ou une interview ne se résume pas à une simple communication, mais demeure une exigence politique fondamentale. A fortiori la parole politique de l’ancien chef de l’État est scrutée à la loupe dans le contexte d’aujourd’hui producteur de significations et de représentations, régi par les outils numériques. Ipso facto il n’est pas étonnant qu’il en découle une forte intensité critique à cause de la guerre à l’est du pays, de la morosité du climat politique, du projet funeste de la révision de la loi fondamentale. Ce qui interroge, c’est cette forme de discours politique qui se radicalise, se durcit et s’exprime en vitupérations contre tous ceux qui appartiennent à la galaxie de l’ancien président, contre ceux qui s’opposent à la révision constitutionnelle. C’est inquiétant parce que cela laisse supposer qu’il y a une certaine agressivité des piètres politiciens qui théâtralisent l’espace médiatique. Et étant donné la prédilection de la rhétorique va-t-en guerre, diaboliser les opposants et surtout l’ancien chef de l’État active tous les clichés conspirationnistes pour centrer tout le narratif sur les coupables face à tous les fléaux actuels.Dans cette dimension expressive négative, toute cette satanisation met en lumière la dichotomie entre une stratégie de rupture et celle des postures de la continuité dans les politiques des magouilles, de pillage, des détournements de deniers publics. Comme nous le soulignons à maintes reprises, les dirigeants actuels sont les générateurs de la guerre à l’est du pays, comptables de la misère de la population. En tirant à boulets rouges sur Joseph Kabila tout comme sur les figures emblématiques de l’opposition et les responsables de la société civile , la plupart de ces anciens ministres qui traînent des casseroles cherchent de se démarquer radicalement pour exister politiquement en s’attirant les bonnes grâces du président Tshisekedi .Entre les caciques des partis politiques qui critiquent l’interview récente de l’ancien président Joseph Kabila et ceux qui se leurrent sur le passé, il y a une forme de dissonance cognitive où les tambouilles politiques des uns et des autres contredisent les discours professionnels.Ces jusqu’au-boutistes doivent bien comprendre que la résilience institutionnelle est un élément central pour maintenir l’équilibre démocratique en période des turbulences politiques. Il est significatif de souligner que tous ces narratifs incendiaires peuvent conduire à des scénarios imprévisibles et des logiques incontrôlables en créant une dynamique de radicalisation. Pour marquer leur différence, les membres de la fameuse Union sacrée qui pensent incarner un changement finalement factice, devraient à fortiori mettre en place des stratégies combinant des actes symboliques forts, des changements de méthode et une redéfinition de leur nouvelle identité politique. Cela se traduirait en termes de mesures par la réduction de la voilure budgétaire de la présidence, du parlement, du sénat. Aujourd’hui la plupart des postures politiques reflètent un profond sentiment de cynisme, de court-termisme. Selon le dernier rapport de la Banque mondiale, 81 % de la population congolaise vit encore sous le seuil de pauvreté malgré une croissance dynamique qui profite aux voleurs de la république. D’ailleurs cette croissance qualifiée par la Banque mondiale de dynamique n’est pas dynamique, elle est déséquilibrée. Pour mettre fin à la misère des congolais, il faut une forte volonté politique. Il y a de surcroît un défi majeur en RDC, celui de l’opacité dans la signature et la gestion des accords économiques. L’exemple le plus notable demeure la réévaluation du contrat « troc » infrastructures contre minerais signé avec la Chine. Cette opacité a favorisé la corruption, l’évasion fiscale freinant la mobilisation des recettes et maintenant la population dans une grave pauvreté. Pour un autre exemple témoignant de la pérennité du système mafieux en RDC, la saisie dernièrement à l’aéroport international de N’djili de la somme de plus de 3,5 millions de dollars qui vient nuire gravement à la réputation et à l’image internationale de la RDC. Si cette saisie met en lumière la corruption, le blanchissement d’argent et l’ampleur du crime organisé, les congolais doivent connaître l’identité du propriétaire. Tous les pays occidentaux qui signent des accords économiques avec la RDC s’ils ne veulent pas être complices de la criminalité économique, doivent inclure dans leurs Accords des clauses de bonne gouvernance et veiller à ce que les richesses des congolais soient redistribuées aux congolais. In fine en matière des droits humains, nombreux rapports récents (notamment d’Amnesty International, Human Rights Watch) soulignent une détérioration plus préoccupante avec des tactiques de répression similaires aux dictatures. Selon certains observateurs, le système politique répressif n’a pas fondamentalement changé. Faut-il accorder une liberté totale de nuisance à des personnes qui tirent à boulets rouges sur les autres alors qu’elles sont elles-mêmes « des vrais boulets » ?Il est crucial pour les hommes et femmes congolais d’avoir une trajectoire mettant en évidence leurs préoccupations sociales, car cela sert à démontrer la compétence, à incarner la défense des intérêts collectifs. Quant au dialogue national et au projet funeste de la révision constitutionnelle, nous restons droit dans nos bottes. Nous soutenons la tenue d’un dialogue inclusif et nous pensons que la modification de la loi fondamentale dans le contexte du pays qui sent comme Lazare dans le tombeau n’est pas la priorité. Ne pas payer régulièrement les fonctionnaires fragilise la république et viole le principe fondamental selon lequel tout travail doit être payé. Au lieu de distiller du venin contre les opposants, il faut servir le peuple.