Accueil » Francophonie : pourquoi le Président Tshisekedi veut présenter un candidat ?

Francophonie : pourquoi le Président Tshisekedi veut présenter un candidat ?

Par La Prospérité
0 commentaire

Avec 90 États membres, l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) forme, non seulement un bloc diplomatique, géopolitique et économique majeur sur l’échiquier international, elle est également une tribune pour promouvoir les intérêts stratégiques des États membres.

Le XXe Sommet de la Francophonie, prévu en novembre de cette année à Siem Reap, au Cambodge, sera consacré essentiellement à l’élection d’un nouveau secrétaire général. L’appel à candidatures a été lancé depuis novembre dernier et les candidatures portées officiellement par les États membres sont attendues jusqu’en mai 2026.

Aujourd’hui il ne fait l’ombre d’aucun doute que la République démocratique du Congo (RDC) présentera un candidat à la tête de la Francophonie. Madame Thérèse Kayikwamba Wagner, Ministre d’Etat et Ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale, de la Francophonie et de la Diaspora congolaise, a, dans un langage diplomatique, été on ne peut plus clair lors de la présentation de son bilan de l’année 2025 : « En 2026, la République démocratique du Congo assumera des responsabilités multilatérales accrues au sein des Nations unies, comme dans le cadre africain, avec une approche principielle, constructive et orientée vers des résultats concrets… S’agissant de la Francophonie, la République démocratique du Congo entend renforcer de manière résolue son rôle au sein de l’Organisation Internationale de la Francophonie. En tant que l’un des principaux États membres de l’espace francophone, la RDC s’engagera en 2026 pour une Francophonie plus réactive et plus redevable à ses États membres. Cela passera entre autres par le renouvellement de son leadership afin de mieux répondre aux attentes et aux valeurs des États membres, et ouvrir une nouvelle dynamique de transformation. »

Cette ambition s’inscrit dans une stratégie diplomatique globale impulsée par le président Félix Tshisekedi, qui cherche à replacer la RDC sur la scène mondiale. En effet, la République démocratique du Congo, qui est passée d’un simple État membre à celui de véritable locomotive démographique de l’espace francophone, veut absolument transformer le poids démographique de son pays en influence géopolitique et diplomatique réelle et s’imposer comme un pilier incontournable de la Francophonie. La candidature de la RDC au poste de secrétaire général a pour objectif de refléter justement cette réalité et de positionner le pays comme leader naturel de la « Francophonie de demain », centrée sur le continent africain. Et, plusieurs raisons concourent par ailleurs favorablement à cette candidature.

Avec plus de 100 millions d’habitants, la RDC occupe désormais une place centrale et stratégique au sein de la Francophonie, en tant que premier pays francophone au monde par sa population, dépassant ainsi la France. Les projections de l’OIF indiquent que d’ici 2050, les francophones seront majoritairement en Afrique subsaharienne, avec la RDC comme pivot central. C’est donc grâce à la démographie congolaise que le français pourrait atteindre plus de 700 millions de locuteurs d’ici 2050. Ainsi, l’avenir démographique de la Francophonie étant en Afrique subsaharienne, la RDC mérite une place proportionnelle à son importance.

Depuis la création du poste de secrétaire général de la Francophonie en 1997, qui a été occupé successivement par Boutros Boutros-Ghali, Abdou Diouf, Michaëlle Jean et Louise Mushikiwabo, aucun Congolais n’a jamais accédé à celui-ci. En effet, bien que la Charte de la Francophonie ne soit expressément claire sur le nombre de mandats, la question de la limitation de ceux-ci est cruciale pour assurer une gouvernance équitable. De plus, la norme internationale et la pratique au sein des organisations internationales est de limiter à un mandat renouvelable une seule fois, notamment pour favoriser l’alternance et la rotation géographique, éviter la personnification du pouvoir, empêcher qu’un dirigeant ne devienne trop puissant face aux États membres et apporter un souffle nouveau. L’actuelle secrétaire générale qui achève son second mandat (réélu en 2022 à Djerba) ne devrait logiquement plus se représenter.

La RDC qui n’a pas encore occupé ce poste, dispose d’atouts uniques grâce à son poids démographique évoqué ci-dessus et à son rôle central en Afrique francophone, pour succéder à l’actuelle secrétaire générale. La candidature de la RDC permettrait de promouvoir les valeurs fondamentales de la Francophonie, telles que la paix, la démocratie, les droits de l’Homme, mais aussi le développement économique et la solidarité internationale ; de s’assurer que les enjeux sécuritaires et l’intégrité des frontières territoriales au sein de l’espace francophone soient au cœur de l’agenda de l’organisation. Ainsi, le président Tshisekedi, en tant que membre clé de l’OIF, est mieux placé pour porter et soutenir fermement la candidature d’un Congolais qui connaît mieux cette organisation, qui est crédible et capable de rallier un consensus international.

Il y a lieu de rappeler que la RDC a déjà accueilli le XIVᵉ Sommet de la Francophonie en 2012 à Kinshasa dont le thème était : « Francophonie, enjeux environnementaux et économiques » et, plus récemment, les IXᵉˢ Jeux de la Francophonie. Dans la « Déclaration de Kinshasa », les Chefs d’États membres de la Francophonie s’étaient engagés à réformer le système financier international pour une meilleure représentation des pays en développement. C’est donc au Sommet de Kinshasa 2012 que la Francophonie avait pris un tournant économique. Le président Tshisekedi veut ainsi poursuivre cet idéal de transformer l’OIF en un levier de développement économique.

S’agissant justement des Jeux de la Francophonie organisés en 2023 à Kinshasa, ils ont été un tournant majeur dans la volonté de la RDC d’œuvrer au sein de la Francophonie et un succès diplomatique et culturel pour le président Tshisekedi, qui avait personnellement porté ce projet pour démontrer l’engagement de son pays de renforcer les liens avec l’OIF. L’organisation des Jeux de la Francophonie a prouvé à la face du monde la capacité de la RDC à accueillir des événements d’envergure internationale et a permis de renforcer les liens culturels entre les jeunes de l’espace francophone.

Il est important de souligner par ailleurs que le Règlement unique des instances de la Francophonie, qui fixe les critères et la procédure de désignation du secrétaire général de la Francophonie, donne la possibilité à tout ressortissant d’un État membre de plein droit, qui a exercé des fonctions officielles importantes, possédant de hautes qualifications, de hautes compétences et d’expériences internationales avérées et surtout qui a fait preuve d’un engagement remarquable en faveur des valeurs et priorités énoncées dans la Charte de la Francophonie, de briguer le mandat de secrétaire général de la Francophonie.

À l’approche de l’échéance de novembre 2026, le débat s’intensifie dans les milieux politiques et intellectuels congolais, au pays et dans la diaspora, pour dire qu’il est devenu une anomalie historique que le pays n’ait jamais dirigé l’organisation en plus de 50 ans d’existence. Revendiquer le poste de secrétaire général de l’OIF est perçu comme une étape naturelle pour aligner l’influence géopolitique de la RDC sur son poids démographique réel. De plus, une candidature congolaise gagnante serait une victoire diplomatique importante pour le président Tshisekedi, une fierté nationale pour la RDC et renforcerait son influence multilatérale. Par contre, ne pas présenter un candidat risquerait de marginaliser davantage le pays dans une organisation où il devrait naturellement jouer un rôle moteur.

La RDC se trouve donc à un carrefour : soit elle s’impose comme le leader naturel de l’OIF pour en réformer la gouvernance, soit les frustrations populaires pourraient nourrir les voix qui, au sein de l’opinion publique congolaise, appellent à un retrait pur et simple de l’organisation.

Isidore Kwandja Ngembo

You may also like

Laissez un commentaire

Quotidien d'Actions pour la Démocratie et le Développement

Editeur - Directeur Général

 +243818135157

 +243999915179

ngoyimarcel@ymail.com

@2022 – All Right Reserved. La Prospérité | Site developpé par wetuKONNECT