Dans une lettre ouverte adressée à Judith Suminwa, Première Ministre, les agents du Conseil Supérieur de l’Audiovisuelle et de la Communication, «CSAC en sigle», dénoncent «le blocage de l’actualisation des opérations de paiement» au sein de leur institution malgré toutes les tractations pour stimuler cette action gouvernementale à la suite des 32 mois d’arriérés de salaire, situation qui «maintient les agents du CSAC dans une crise salariale sans précédent». Relevant désormais «d’une véritable urgence humaine», ces agents sollicitent l’intervention urgente de la Cheffe du Gouvernement en vue de «restaurer» leur dignité et «d’éviter de nouveaux drames».
Ci-dessous, l’intégralité de la correspondance.
À Son Excellence Madame la Première Ministre, Cheffe du Gouvernement de la République Démocratique du Congo
Objet : Blocage de l’actualisation des opérations de paiement et situation salariale critique des agents du CSAC
Excellence Madame la Première Ministre,
Nous, agents du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC), venons respectueusement porter à votre haute attention la situation alarmante liée au blocage de l’actualisation des opérations de paiement au sein de notre institution.
Bien que les démarches administratives et financières relatives à notre dossier aient été engagées, leur actualisation demeure à ce jour en souffrance. Ce retard persistant dans le circuit des services compétents empêche l’exécution effective de nos rémunérations et maintient les agents du CSAC dans une crise salariale sans précédent.
1. Situation salariale actuelle
À ce jour, le constat est le suivant :
– Malgré l’émission d’un Ordre de Paiement Informatisé (OPI) en date du 19 octobre 2025, aucun paiement n’a encore été exécuté.
– En novembre 2025, le VPM du Budget avait informé Votre Autorité qu’une liquidation en paie complémentaire du premier trimestre 2025 avait obtenu un OPI, en attente de paiement à la Banque Centrale du Congo (BCC), devant être suivie par celles des deuxième et troisième trimestres 2025.
– Nous cumulons désormais trente-deux (32) mois d’arriérés de salaires.
Selon nos informations, le dossier se trouve actuellement à la BCC et attend l’autorisation du Ministère des Finances pour déclencher le paiement effectif.
2. Conséquences humaines et sociales dramatiques
L’absence prolongée de rémunération et de prise en charge sociale engendre des conséquences humaines irréparables. Au cours des trois derniers mois, trois collègues ont perdu la vie, leurs pathologies ayant été aggravées par l’impossibilité d’accéder à des soins médicaux appropriés.
Parmi eux figure Monsieur Jean-Pierre BOKATA, agent issu de la Haute Autorité des Médias (HAM), décédé après une longue hospitalisation. Faute de moyens, les agents ont dû organiser une cotisation solidaire pour son hospitalisation. Ces drames illustrent l’extrême précarité dans laquelle nous survivons.
3. Absence de couverture sociale et dégradation des conditions de travail
À ce jour, le CSAC semble être une institution abandonnée comparativement à d’autres instances d’appui à la démocratie comme la CENI ou la CNDH :
Santé : Aucun système de prise en charge médicale n’est assuré ; le CSAC ne bénéficie d’aucune affiliation à des centres hospitaliers.
Mobilité : L’absence de moyens de transport institutionnels rend le travail quotidien extrêmement complexe.
Antennes provinciales : Il est préoccupant de constater que de nombreuses antennes ne fonctionnent que grâce aux dons extérieurs.
Impact psychologique : Cette situation intenable provoque chez de nombreux agents des troubles psychiques liés au stress permanent.
4. Sollicitations urgentes
Face à cette détresse, nous sollicitons respectueusement votre intervention personnelle afin de :
Débloquer sans délai l’actualisation des opérations administratives et financières liées à notre dossier ;
Autoriser le paiement immédiat des trente-deux (32) mois d’arriérés de salaires ;
Accélérer la levée de l’autorisation requise au Ministère des Finances pour permettre à la BCC d’exécuter le paiement de l’OPI en instance ;
Mettre en place une prise en charge médicale effective et garantir des moyens logistiques minimaux nécessaires à l’accomplissement de nos missions.
Excellence Madame la Première Ministre,
Le cumul des retards de salaires et l’absence totale de droits sociaux constituent une grave violation de nos droits fondamentaux. Travailler dans de telles conditions est indigne d’une institution d’État. Nous espérons une réponse rapide et bienveillante de votre part, car c’est à ce prix que le CSAC pourra redevenir un acteur de régulation efficace et un pilier de notre démocratie numérique.
Votre sens de la justice sociale et votre responsabilité vis-à-vis des agents de l’État sont notre ultime recours.
5. Conclusion
La situation des agents du CSAC ne relève plus seulement d’un dysfonctionnement administratif, mais d’une véritable urgence humaine. Votre intervention permettra de restaurer la dignité des agents et d’éviter de nouveaux drames.
Dans l’attente d’une suite favorable, nous vous prions d’agréer, Excellence Madame la Première Ministre, l’expression de nos hommages les plus respectueux.
Pour les Agents du CSAC