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Un an d’occupation de Goma par l’AFC/M23 : quel bilan pour la RDC ?

Par La Prospérité
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(Par Jonas Tshiombela)

Kinshasa, 27 janvier 2026. Douze mois pendant lesquels une grande ville congolaise, Goma, a vécu sous la coupe d’un mouvement politico-militaire soutenu de l’extérieur. Un an qui ne peut pas être banalisé, encore moins normalisé. Car derrière les discours diplomatiques prudents et les calculs géopolitiques, il y a une réalité brutale : celle d’une population abandonnée à l’incertitude, à la peur et à l’effondrement progressif de l’autorité de l’État.

Un drame humain devenu routine

Ce qui choque le plus, c’est la banalisation de la souffrance. Des morts, des blessés, des familles dispersées, des déplacés sans perspectives de retour sécurisé. La fermeture des banques et des circuits financiers formels a plongé la population dans une économie de survie, dominée par des systèmes informels coûteux et risqués. Vivre à Goma aujourd’hui, ce n’est pas vivre : c’est s’adapter chaque jour à l’exception, à l’irrégularité, à l’arbitraire. Pendant que le commerce tente de s’ajuster tant bien que mal, l’essentiel manque : justice, services publics, protection effective des civils. Une ville peut survivre sans confort ; elle ne survit pas sans droits.

Une administration parallèle, un État effacé

Le fait le plus grave n’est pas seulement militaire. Il est institutionnel. L’AFC/M23 a consolidé une forme d’administration parallèle. Cela signifie une chose : l’État congolais a été remplacé, dans les faits, sur une partie de son territoire. Or, lorsqu’un groupe armé se substitue à l’autorité publique, ce ne sont ni la loi ni les droits qui gouvernent, mais le rapport de force. Les allégations de détentions arbitraires, de recrutements forcés et d’abus traduisent un système où la population n’est pas citoyenne, mais sujette. C’est une régression politique majeure. On ne construit pas l’ordre public par la peur.

Un conflit qu’on feint de croire “gelé”

Le danger aujourd’hui est la normalisation. Certains acteurs internationaux semblent s’habituer à cette situation, comme s’il s’agissait d’un “conflit gelé”, d’un statu quo provisoire avec lequel il faudrait composer. C’est une erreur stratégique et morale.

Goma n’est pas un territoire abstrait sur une carte diplomatique. C’est une ville congolaise, un centre économique majeur, un symbole de résilience nationale. Laisser s’installer une occupation de fait, c’est envoyer un message désastreux : la force prime sur le droit, et l’autorité de l’État sur son propre territoire devient négociable.

Quel bilan pour la RDC ?

Un an après, le bilan est lourd : Souveraineté affaiblie : une portion stratégique du territoire échappe au contrôle effectif de l’État. Population fragilisée : pauvreté accrue, insécurité juridique, traumatisme collectif. Économie déformée : survie informelle au lieu de développement structuré. Crédibilité institutionnelle entamée : quand l’État ne protège pas, la confiance citoyenne s’effrite. Mais ce bilan ne doit pas être seulement un constat d’échec. Il doit être un électrochoc.

Ce qui doit changer

1. Refuser la banalisation de l’occupation

Goma ne doit jamais être considérée comme un “cas à part” tolérable. C’est une question de principe national.

2. Remettre la protection des civils au centre

Toute démarche politique ou sécuritaire doit avoir un critère simple : la sécurité et la dignité des populations.

3. Exiger la redevabilité

Les violations alléguées ne peuvent rester sans suites. L’impunité alimente la répétition des crises.

4. Œuvrer pour un règlement politique réel

Un règlement politique ne signifie pas légitimer une occupation ni reconnaître un groupe armé comme substitut de l’État. La question centrale est donc claire : dialoguer, oui mais dans quel cadre et avec quelles lignes rouges ? Si l’AFC/M23 agit comme un instrument d’intérêts extérieurs, alors le problème dépasse un simple “conflit interne”. Il s’agit d’une crise de souveraineté impliquant des responsabilités régionales et internationales. Le règlement politique ne peut donc pas être une négociation qui mettrait sur un même pied l’État congolais légitime et un mouvement armé soutenu de l’extérieur.

La priorité doit être :

1. la cessation de toute présence et influence armée étrangère,

2. le respect de l’intégrité territoriale de la RDC,

3. un désarmement et une démobilisation strictement encadrés, qui ne couvrent en aucun cas l’impunité : les auteurs de crimes et de violations graves doivent répondre devant la justice nationale ou internationale,

4. une réinsertion orientée vers la vie civile et non l’intégration dans l’armée, afin d’éviter la militarisation permanente de la vie politique, et surtout la restauration pleine et entière de l’autorité légitime de l’État congolais à Goma.Le véritable règlement politique concerne donc d’abord les États,

5. les mécanismes régionaux, et les engagements internationaux en matière de sécurité et de non-ingérence. Les groupes armés, eux, relèvent d’un processus de désarmement, de justice et de réinsertion civile pas d’un partage de souveraineté. Il ne peut y avoir de paix durable si l’on transforme un fait de force en fait politique reconnu. La paix ne doit pas consacrer la loi des armes, mais rétablir la primauté du droit, des institutions et de la volonté du peuple congolais.

Conclusion: Goma est un test pour la Nation.

L’histoire jugera cette période. Elle dira si la RDC et ses partenaires ont accepté qu’une grande ville vive durablement sous l’ombre des armes, ou s’ils ont choisi de défendre le principe fondamental : un peuple ne se gouverne pas par la contrainte armée, mais par la légitimité, le droit et la justice.

Un an après, la question n’est plus seulement sécuritaire. Elle est politique, morale et nationale : allons-nous accepter l’érosion silencieuse de notre souveraineté, ou réaffirmer que chaque ville congolaise compte, et que chaque citoyen a droit à un État présent, protecteur et légitime ?

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