Le 16 février 1992 demeure gravé dans la mémoire collective comme l’un des épisodes les plus douloureux de la lutte pour la démocratie en République démocratique du Congo. Ce jour-là, à Kinshasa, une marche pacifique organisée par des chrétiens catholiques pour exiger la réouverture de la Conférence nationale souveraine fut violemment réprimée. Des fidèles tombèrent sous les balles, inscrivant leur engagement civique et spirituel dans l’histoire nationale. Plus de trois décennies après, l’Église catholique continue de commémorer ces événements, en mémoire des victimes et au nom des valeurs de justice et de liberté.
Au début des années 1990, le Zaïre traverse une crise politique profonde. La Conférence nationale souveraine (CNS), ouverte en 1991, est perçue par une large frange de la population comme l’instrument appelé à encadrer la transition vers un régime démocratique. Elle doit dresser un état des lieux du pays, redéfinir les règles du jeu politique et poser les bases d’un État de droit. Mais le processus est suspendu, plongeant le pays dans une incertitude politique accrue.
Face à cette impasse, des laïcs catholiques prennent l’initiative d’organiser une marche pacifique le 16 février 1992. L’objectif est clair : réclamer la reprise des travaux de la Conférence nationale souveraine et affirmer le droit du peuple à une transition démocratique effective. La mobilisation est importante. Dans plusieurs paroisses de la capitale, des fidèles se rassemblent pour marcher dans le calme, portés par des chants religieux et des messages appelant à la paix et à la justice.
La réponse des forces de sécurité est brutale. Les cortèges sont dispersés par des tirs à balles réelles et des interventions musclées. Des manifestants sont pourchassés, certains jusque dans l’enceinte d’édifices religieux. Le bilan humain fait état de plusieurs morts et de nombreux blessés, même si les chiffres ont varié selon les versions. Quoi qu’il en soit, le 16 février 1992 entre dans l’histoire comme une journée de sang versé pour la démocratie.
Au-delà du drame, cet épisode marque un tournant symbolique. Il cristallise la rupture entre une partie de la société civile et le régime en place, tout en consacrant le rôle de l’Église catholique comme acteur moral et social dans le débat public. La marche, qualifiée par beaucoup de « marche des chrétiens pour la démocratie », devient un repère historique dans la longue quête de l’alternance politique et de la liberté d’expression en RDC.
Chaque année, l’Église catholique commémore cette date par des célébrations eucharistiques et des moments de réflexion. Ces commémorations ne se limitent pas à un hommage aux victimes ; elles constituent aussi un rappel des idéaux qui animaient les marcheurs de 1992 : la justice, la dignité humaine, le respect de la vie et la construction d’un État fondé sur le droit.
Plus de trente ans après, le 16 février continue d’interpeller la conscience nationale. Il rappelle que la démocratie congolaise s’est bâtie dans l’épreuve et que la mémoire des victimes impose une vigilance constante face à toute dérive autoritaire.
John Ngoyi