(Par Patience Kabamba)
Le terme « révolution » suscite une appréhension en raison de son association avec la violence. En effet, le terme « révolution » relève du domaine astral. Une révolution astrale est accomplie lorsqu’un corps céleste a terminé sa trajectoire orbitale et est revenu à sa position initiale. Une révolution correspond donc au retour de l’astre à sa position initiale. Une révolution sociale viserait, en effet, à rétablir les communautés dans leurs positions d’hommes et de femmes libres et épanouis. Une révolution a pour vocation de promouvoir des relations sociales plus équitables et empreintes d’humanité. En effet, la constitution de l’être humain en tant qu’individu contemporain est principalement déterminée, non par sa nature biologique qui ne constitue que le substrat organique, mais par «l’ensemble des rapports sociaux ».
Une révolution n’entraîne pas nécessairement un changement du régime politique en place. La seule révolution ayant abouti historiquement s’est étendue sur environ onze siècles sans pour autant induire directement une mutation du régime politique en vigueur. La révolution bourgeoise, menée à l’encontre de la noblesse, s’est caractérisée par un remaniement des rapports de production visant à favoriser les intérêts de la bourgeoisie. Les paysans, affranchis des obligations de dépendance envers leurs maîtres, se trouvaient néanmoins intégrés dans un système où leur labeur était exploité par la classe bourgeoise.
La révolution contemporaine a pour objectif de mettre fin à la détention privée des moyens publics de production par une classe politique non productive. Dans le contexte congolais, la révolution ambitionnera de mettre un terme à l’accaparement prédateur des ressources nationales, source de grande misère et de tragédies sur l’ensemble du territoire. Seul un abandon des régimes d’appropriation privée des ressources publiques par des prédateurs détenant le pouvoir permettra une transformation véritable du pays. Aussi longtemps que le cours de l’histoire congolaise demeurera régi par des conflits d’intérêts privés, il ne saurait se dérouler de manière rationnelle. Depuis sa conception par le Roi des Belges Léopold II au début du XIXᵉ siècle, l’histoire du Congo a été constamment marquée par l’appropriation privée des ressources publiques. L’histoire du Congo fut initialement dirigée par le Roi des Belges, Léopold II, ensuite par des sociétés multinationales aux pratiques prédatrices, et, finalement, par un ensemble d’acteurs congolais. L’écart observé demeure relativement limité, soixante-six ans après l’accession à l’indépendance en 1960.
L’accès généralisé aux bénéfices issus de l’exploitation minière ou forestière permettrait à la population congolaise de maîtriser sa propre destinée. L’appropriation par l’ensemble de la population des pouvoirs sociaux fondamentalement exogènes résultant de la dichotomie entre une élite dirigeante fortunée et une population gouvernée démunie permettra de les soumettre à la maîtrise et à l’autorité du peuple congolais lui-même. L’appropriation se définit comme l’action de rendre propre et de s’assimiler. L’acquisition d’une guitare implique sa possession, son appropriation personnelle, ainsi que sa maîtrise, c’est-à-dire la capacité à l’utiliser et à en jouer. En effet, l’appropriation dite « communiste » des moyens de production au Congo impliquera non seulement la prise de possession de ces moyens, mais également le développement des capacités individuelles requises pour leur utilisation. L’acquisition des minerais congolais implique non seulement leur possession, mais également la capacité individuelle à les traiter et à les transformer.
Par conséquent, l’appropriation englobe le développement des capacités individuelles. Dans le cadre de leur activité professionnelle et, plus particulièrement, de leur formation, les citoyens congolais développeront une maîtrise pratique des instruments de production, au-delà de la seule connaissance théorique.
Le peuple congolais, actuellement prolétarisé sur son propre territoire, sera le seul acteur de la révolution, c’est-à-dire de l’appropriation intégrale par les Congolais de leurs ressources et de leurs produits. Néanmoins, il est impératif d’éduquer significativement cette population. Afin de réaliser la révolution congolaise, une transformation profonde de la population se révèle indispensable. L’éducation se trouve ainsi replacée au cœur de la transformation révolutionnaire que nous appelons de nos vœux. Cette dernière, à l’instar d’un corps céleste effectuant sa trajectoire, nous orientera vers notre position la plus authentique en tant que détenteurs des forces productives, c’est-à-dire l’ensemble des facteurs contribuant à la production des biens sociaux, notamment les êtres humains fournissant un travail productif, les ressources naturelles et les instruments de production eux-mêmes issus du travail de Congolais qualifiés. Il ne s’agit point d’une navigation côtière tranquille le long des rivages de l’existence, mais plutôt d’une exploration en haute mer, repoussant les frontières du courage humain, afin de revendiquer ce qui nous est le plus précieux, à savoir notre aspiration éthique : le désir d’une vie accomplie, avec et pour autrui, au sein d’institutions équitables, selon Paul Ricœur.