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Dr. Jean Paul Moka : une légende congolaise au jeu d’échecs  mondial

Par La Prospérité
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C’est autour de 20h (heure du Caire, Egypte) que le nouvel Ambassadeur Itinérant de la SOAD (Union Africaine) auprès de la République Arabe d’Egypte,  le Dr. Jean-Paul Moka Ngolo Mpati,   a appris son élévation au rang de « Légende » par le site américain Chess.com qui compte plus de 100 millions de joueurs. C’est une première dans l’histoire de la RDC. C’est, d’ailleurs,  la catégorie des grands maîtres. Au terme d’un processus d’harmonisation, le jeu d’échecs,  dans sa forme moderne,  est désormais répandu dans le monde entier, et il est pratiqué par de nombreux joueurs, librement ou affiliés à des clubs et des fédérations nationales.

Des compétitions sont organisées à tous les niveaux, y compris les championnats du monde et les Olympiades sous l’égide de la Fédération internationale des jeux d’échecs. Il existe un système de classement des joueurs en fonction de leur force, dominé par les maîtres et grands maîtres internationaux.

Dans ce contexte, le jeu d’échecs joue un rôle sur la scène internationale et ses compétitions ont notamment été l’un des théâtres de l’opposition entre les États-Unis et l’Union soviétique pendant la guerre froide. La plus haute catégorie est representée par le club de « Légende » qui constitue moins de 0,00085% du nombre total des passionnés pratiquant ce sport.

L’engouement pour le jeu d’échecs devenu jeu des Rois au Moyen-Age va se perpétuer à la Renaissance en prenant une tonalité nationaliste. L’Italie du Risorgimento et l’Espagne fournissent alors les joueurs les plus brillants mais à ce premier duel va en succéder un autre. Il mettra aux prises les nouvelles grandes puissances de l’Europe du XIXe siècle : la France et l’Angleterre. Cette époque voit aussi le jeu d’échecs, jusqu’alors réservé aux nobles, se répandre dans les autres strates de la société.

Acquérant une dimension symbolique toujours plus puissante, ce jeu finit par devenir un instrument politique qui verra s’affronter les deux « blocs » de la Guerre froide, les USA et l’URSS, par champions interposés.

Depuis, le succès du jeu ne se dément pas mais les joueurs ont dû s’incliner à plusieurs reprises devant les ordinateurs. Pour autant, rien ne semble pouvoir atténuer la passion que suscite cet échiquier de 64 cases sur lequel se déplacent rois, dames, fous, cavaliers… au gré de la fantaisie humaine.

Le jeu arrive en Europe et s’épanouit en Méditerranée


Il faut attendre le Xe siècle pour que les Européens adoptent le jeu d’échecs. Pour l’adopter, ils vont l’adapter. Le jeu change tout d’abord de nom. De shatranj, il devient scaci ou « échecs », reprenant le cri de victoire des Perses : « Shah Mat » (« Le Roi est mort »).

Le jeu d’échecs est à ce point une image de l’ordre social et moral que les élites veulent projeter sur la société médiévale qu’un moine dominicain de Lombardie, Jacques de Cessoles, rédige en 1270 un Livre des mœurs des hommes et devoirs des nobles, plus connu sous le nom de Jeu des échecs moralisé.

Cet ouvrage reprend la célèbre division d’Adalbéron de Laon entre ceux qui prient, ceux qui travaillent et ceux qui combattent. Son succès est fulgurant. Le jeu d’échecs devient ainsi le jeu des Rois.

Sur l’échiquier politique les échecs symbolisent le triomphe et le pouvoir de l’intelligence, de la prévoyance et de la clairvoyance, autant de qualités souveraines pour un monarque

Au Moyen-Age, le jeu d’échecs est avant tout une distraction de cour et le prétexte idéal à des rencontres amoureuses. Pour une raison simple : à cette époque, le jeu d’échecs est la seule activité qui permette à un homme et à une femme non mariés de se retrouver seuls dans la même pièce.

En 1495, un manuscrit catalan évoque de nouvelles règles du jeu d’échecs. En 1497, Lucéna, un courtisan espagnol, distingue la nouvelle manière de jouer de l’ancienne. L’invention de l’imprimerie permettra bientôt de diffuser ces nouvelles règles dans toute l’Europe. 

La Dame devient la pièce la plus puissante et de nouvelles perspectives s’ouvrent. On parle même des « eschés de la Dame enragée » (à la rabiosa, en Italien), tant la puissance neuve de la souveraine effraie.

Un pharmacien portugais du nom de Damiano est le premier à systématiser les principes du jeu d’échecs moderne. L’école italienne domine alors les arts de la Renaissance et va aussi dominer les échecs.

Au XVIIe siècle, Giochino Greco, devient le premier professionnel du jeu d’échecs, qui monnaie son talent en vendant des compilations de ses parties les plus célèbres à des courtisans persuadés d’y trouver le secret de sa force.

La domination franco-anglaise des XVIIIe et XIXe siècles

Au XVIIIe siècle, avec le développement du grand commerce atlantique, l’épicentre de l’économie mondiale se déplace vers le nord. Désormais, l’Angleterre et la France dominent l’Europe.

Les livres d’échecs italiens sont traduits et critiqués. On envisage une façon plus rationnelle de jouer. On crée de nouveaux lieux pour jouer, comme le Café de la Régence à Paris où se croisent amateurs et champions, grands esprits et hommes politiques.

Diderot, qui consacre, avec d’Alembert, un article entier de l’Encyclopédie au jeu d’échecs est un habitué du lieu. Rousseau se prend un temps de passion pour le jeu et fréquente lui aussi le célèbre café. Pendant la Révolution, Robespierre profite des entractes du club des Jacobins pour disputer des parties.

Transformé en restaurant en 1910, le Café de la Régence est abandonné par les joueurs en 1916 au profit du Café de l’Univers. On y admire les parties des grands champions, et André Danican Philidor, musicien célèbre pour ses opéras, devient virtuellement le premier champion du monde du jeu d’échecs.

Sa compréhension des principes du jeu, sa volonté d’en expliquer la mécanique rationnelle font de Philidor le Leibniz du jeu d’échecs. Il rédige l’Analyze du jeu des échecs, premier ouvrage théorique moderne, devenu fondamental dans l’histoire du jeu d’échecs.

En 1843, la défaite de Saint-Amant contre l’Anglais Howard Staunton sonne le glas de cette domination française. C’est aussi la fin d’une époque. Le jeu de cour va progressivement s’effacer au profit du jeu de compétition.

Bientôt, les tournois se développent, notamment dans les villes d’eau où la bourgeoisie part en villégiature. À la fin du XIXème siècle, il n’existe pas encore d’instances internationales pour organiser de championnat du monde.

Le champion autrichien Wilhelm Steinitz résout le problème à sa façon. Ayant battu les meilleurs joueurs du monde dans son style aride et économe, il s’autoproclame champion du monde. Un Allemand va parvenir à le détrôner, Emmanuel Lasker.

Celui-ci conservera son titre vingt-sept ans, repoussant les assauts de ses compatriotes, des autres maîtres d’Europe centrale, du jeune russe Alekhine ou du Cubain Capablanca, ce qui constitue jusqu’à aujourd’hui le plus long règne de l’histoire des échecs.

Le jeu d’échecs : un enjeu politique


Les Soviétiques ont organisé le développement de masse du jeu d’échecs. La plupart des enfants s’y exercent, non à l’école, en dépit d’une légende tenace, mais dans les komsomols qui encadrent le temps périscolaire des enfants. Au bout de quelques années de cette politique sans précédent, le régime soviétique produit un grand champion, Mikhaïl Botvinnik.

Le jeune régime avait décidé, dès 1924, d’éduquer et d’amuser les millions de paysans et d’ouvriers illettrés de la Russie post-tsariste en développant le jeu d’échecs à grande échelle. Le régime stalinien structure et encadre à outrance le monde des échecs soviétiques.

Les joueurs soviétiques sont soumis aux mots d’ordre prolétariens du régime, à sa pression et ont une mission, remporter le titre suprême, signe de la supériorité morale incontestable de leur système et preuve de la décadence de l’Occident.

Face à l’armada des professionnels d’État soviétiques, Bobby Fischer l’Américain fait figure d’homme seul. Véritable météore des échecs, il réinvente dans un style souvent flamboyant le jeu d’attaque de naguère et soulève l’enthousiasme du peuple américain, pourtant peu enclin à suivre les lentes manœuvres échiquéennes.

L’enjeu est de taille. Fischer se qualifie pour la finale du championnat du monde 1972 contre le soviétique Boris Spassky. En pleine guerre froide, il n’en faut pas plus pour que l’affrontement sur l’échiquier devienne la synthèse de l’affrontement idéologique, politique, militaire, économique et culturel entre les deux superpuissances. Un sommet de la période.

Fischer l’emporta brillamment, au point que Spassky l’applaudît même à la fin de la 6ème partie. Il devint un héros célébré par les médias américains, mais cette notoriété l’a éreintée. Il disparait pendant vingt ans, abandonnant son titre sans le défendre et finit par sombrer dans la folie.

 L’ère des deux K

Le jeune Anatoly Karpov rendit son titre et son honneur aux Soviétiques en 1975. Il le garda dix ans avant de le perdre face à un tout jeune champion, soutenu discrètement par Mikhail Gorbatchev. Ce champion s’appelle Garry Kasparov. Son père lui a appris les échecs à 5 ans et son ascension a été fulgurante.

Champion du monde junior à 17 ans, il occupe déjà trois ans plus tard la première place au classement mondial devant Anatoly Karpov auquel il prend la couronne suprême en 1985 à seulement 22 ans, après un duel épique. Il conservera ce titre quinze ans et atteindra le meilleur classement Elo de l’histoire avec 2851 points en 1999. Kasparov ne cédera son titre qu’en 2000 à son jeune compatriote Vladimir Kramnik.

L’URSS disparue, la Russie dominait toujours. Mais encore une fois, le basculement sur l’échiquier géopolitique et la mondialisation allaient consacrer deux nouvelles puissances échiquéennes, la Chine et l’Inde. En 2011, la championne du monde est chinoise, le champion du monde, indien.

Depuis, un nouveau génie des échecs est apparu. Magnus Carlsen, un jeune Norvégien, devient champion du monde en 2013, à 23 ans. Il bat le record de classement de Garry Kasparov avec un Elo de 2872. Par la suite, l’intelligence artificielle a permis d’entériner la supériorité de la machine sur l’homme. Désormais la RDC a son Kasparov, le Dr. Jean-Paul Moka. Voilà un sport à promouvoir dans la jeunesse congolaise.

Aucun champion n’est plus en mesure de se confronter à des monstres comme le logiciel Alphazero. Mais,  pour autant, cela n’affecte en rien la fascination des humains pour ce jeu, comme l’a récemment montré le succès de la série The Queen’s gambit.

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