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Visite du roi des belges : Le Congo est un pays  formidablement riche : les « enjeux »

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Professeur Jean  Kambayi Bwatshia

Ici, je veux dire mon sentiment profond envers un pays que j’aime, mon pays le Congo. En face de lui, j’adresse une pensée particulière comme si je convoquais par invocation le grand poète de la négritude, Léopold Senghor  qui n’a jamais cessé d’admirer la femme africaine :

« Femme nue, femme noire

Je chante ta beauté qui passe

Forme qui fixe dans l’Eternel

 Avant que le destin jaloux ne

 te réduise en cendre pour nourrir

 les racines de la vie ».

Oui, le Congo c’est cette grande portion de terre de plus de 2.345.000 Km2 de grandeur naturelle qui a fait, de tous ces temps l’objet des âpres convoitises entre les hommes des nations puissantes qui, après plusieurs pourparlers, discussions et discordances, se sont réunis le en 1884-1885, moyennant quelques substituts diplomatiques, ont conclu de se mettre d’accord sur le visage que devrait avoir l’Afrique. C’était à la très célèbre conférence de Berlin sur le dépeçage de ce continent. Elle avait décidé que la « belle dame » s’appellerait l’Etat Indépendant du Congo (EIC) et elle sera la « propriété privée » d’un certain Léopold II, le roi des Belges qui, dans le mental des puissances de l’époque, n’en était que le « capita général ». Voici un roi qui sera du type spécial, capable de cumuler un pouvoir parlementaire et un pouvoir absolu despotique.

Aimant jalousement son pays natal, la Belgique, le Roi se résolut fermement de donner au royaume, une colonie ; une colonie très riche. Et bien, il a eu « sa colonie Etat » Et cela de belle façon moyennant ruse, subtilités, magouilles et agissant sans gouvernement, sans parlement, à l’abri des témoins indirects. Comme le dit si bien Karl Van Den Wijngaert « même lorsqu’il utilise une partie de ce que rapporte le Congo pour embellir certaines villes de Belgique, la façon dont lui-même et ses collaborateurs accumulent ces sommes énormes au détriment des populations locales, constituent l’une des pages les plus sombres de l’histoire des Cobourg. La catastrophe humanitaire provoquée au Congo par Léopold II et ses collaborateurs est emblématique de l’histoire coloniale ». (Léopold II… p.29) C’est dans ce sens qu’il est peint dans les littératures à son sujet comme un curieux mélange de passion et de réalisme, un grand visionnaire se voyant et se croyant sûrement très ambitieux de sa richesse. Plus, il a lorgné, comme il faut, le Katanga au Sud-Est de son « Etat » ; cette étendue colossale de terre très riche en ressources minières dont le cuivre par exemple. La conférence de Berlin n’ayant pas fixé définitivement les frontières de l’EIC au Sud, et vu les rapports établis par les études ventant les immenses richesses de ces terres, Léopold II se pressa de créer la Compagnie du Katanga et s’employa d’obtenir un droit d’exploitation minière de 99 ans.

Quel coup ! Lui dirent, d’une façon étonnée plein de jalousie, les autres gros messieurs de l’Europe impérialiste, notamment le barbu Bismarck le grand chancelier allemand et le Président Sud-Africain de Cecil Rhodes. Qu’à cela ne tienne, c’est ainsi que le grand chef des Bayeke M’Siri s’est vu ravir son prestigieux royaume au coup de canon et de brutalité sans mesure. Moyennant corruption, il a tourné le dos aux Britanniques qui, de tous les temps, convoitaient ce même territoire.

N’en déplaise aux parlementaires belges, leur roi a eu « sa » colonie qu’il va exploiter de fond en comble en larguant sur terrain, ces « pionniers » ; ces aventuriers hommes de science, agents du capitalisme colonial et des religieux gagneurs d’âmes nègres. Pour eux, il va s’en dire, désormais « explorateurs », l’Afrique va devenir un « continent mystérieux ». La besogne est belle, elle est bonne et surtout rentable. L’immense travail d’exploitation coloniale va commencer, les agents du roi l’appelleront « mise en valeur ». Et c’est moyennant tracas, travail forcé, impôts obligatoires en nature, corvées de toutes sortes et de toutes natures, cruautés sans  précédent que cela va se dérouler. C’était pour les populations autochtones, une période « d’entrée en enfer ». La voracité royale, selon les collègues du roi, est énorme ; loin d’être une « conquête pacifique », « l’œuvre » royale en Afrique était simplement « cruauté sanglante ». Il s’agissait d’une conquête où la violence était la norme et les atrocités, une expression et mode de vie. Le livre : Du sang sur les lianes du chercheur belge D. Van Croenweghe avec un sous-titre « Léopold II et son Congo » est une description passionnellement lourde à ce sujet. Aussi, le lecteur de Les Fantômes du Roi Léopold IIun holocauste oublié de  l’Américain Hochschild, doit être lu avec une patience consternée. Les Belges, qui, eux boudaient l’entreprise de leur Roi, ont fini par imaginer le bienfait d’une telle œuvre. Ils ont accepté les avances du Roi qui a vendu à prix d’or à la Belgique des possessions privées très rentables. D’ailleurs le Congo fait la grandeur du royaume pouvaient-il le soupçonner.

Un peu plus tard, Léopold II vieillissant a fini par signer, un peu malgré lui, l’acte de cession de sa « plus belle colonie » qui, le 15 novembre 1908 devient la Colonie-Belge d’Afrique. C’était « l’acquisition du siècle » selon les observateurs avertis. Déjà le 10 octobre de cette année on avait préparé une loi dite « charte coloniale » organisant tout le système-pouvoir colonial.

Le pays que la Belgique va hériter est un territoire immense meublé des rivières qui se rattachent toutes au bassin du fleuve de qui vient son nom : le Congo. C’est un « pays coupé par des fleuves », beaucoup plus des rivières que d’autres pays africains qui en ont. En effet, comme le montre la carte hydrographique en annexe, il y a seulement quatorze pays qui ont un grand nombre de rivières à savoir ; la Côte d’ivoire, le Nigeria, le Cameroun, le Gabon, le Congo, la République Centre Africaine, la Rd Congo, l’Angola, l’Afrique du Sud, la Mozambique, le Zimbabwe, la Zambie et la Tanzanie. De tous ces pays, seule la RD Congo possède presque la moitié de toutes les rivières que l’on trouve en Afrique.

Le fleuve Congo lui-même déroule ses 4.376 km dans le bassin rival de celui d’Amazone. Il draine 1/8 de l’Afrique et pourrait offrir au monde le 1/5 de ses besoins en électricité. Il se jette dans l’Océan Atlantique avec  une telle force qu’il change la couleur de l’eau sur des centaines de kilomètres comme le dit si bien David Van Raybrouck. Oui le fleuve Congo est immense et beau à voir, voici ce que dit cet auteur du Congo. Une histoire dans son introduction : « Les images satellite le montrent clairement : une tache brunâtre qui, au plus fort de la saison des pluies, s’étend sur huit cent kilomètres à l’ouest. On dirait une fuite du continent. Les océanographes parlent d’éventail du Congo” ou de “panache du Congo”. Quand j’en ai vu pour la première fois des photographies aériennes, je n’ai pu m’empêcher de penser à une personne qui se serait tailladé les poignets et les maintiendrait sous l’eau – mais éternellement. L’eau du Congo, deuxième, plus long fleuve d’Afrique, jaillit littéralement dans l’océan. Comme le fond est rocailleux, l’embouchure du fleuve reste relativement étroite ».

Contrairement au Nil, le Congo n’a pas donné naissance à un delta paisible s’ouvrant sur la mer, mais son énorme masse d’eau est expulsée vers l’extérieur à travers un trou de serrure. La  couleur ocre vient du limon que le fleuve Congo charrie sur son long trajet de quatre mille sept cents kilomètres : depuis sa source en altitude dans l’extrême sud du pays, à travers la savane aride et les marais couverts des lentilles d’eau du Katanga, le long de l’immense forêt équatoriale qui couvre presque la moitié nord du pays, jusqu’aux paysages changeants du Bas-Congo et aux mangroves fantomatiques de l’embouchure. Mais la couleur vient aussi des centaines des rivières et d’affluents qui, ensemble forment, le bassin du Congo, une région d’environ 3.7 millions de kilomètres carrés.

Toutes ces particules de terre, tous ces fragments abrasés d’argile, de limon, de sable se laissent emporter par le courant en aval, vers le large. Parfois ils flottent tranquillement, glissant au fil de l’eau sans se faire remarquer, puis soudain, ils basculent dans une furie frénétique qui mêle à la lumière du jour l’obscurité et l’écume. Parfois ils restent accrochés à un rocher, à une berge, à une épave rouillée qui hurle en silence vers les nuages et autour de laquelle s’est formé un banc de sable. Parfois ils ne rencontrent rien, rien du tout, sinon l’eau, une eau toujours différente, d’abord douce, puis saumâtre et enfin salée. Ainsi commence un pays loin de la côte, dilué dans une grande quantité d’eau de l’océan. »

Le climat de ce pays, ses sites, sa végétation, ses richesses sous-sol font déjà de lui, cette terre aux grandioses proportions. La cuvette centrale est le domaine de la forêt luxuriante et impénétrable parfois. Une cuvette marécageuse, toujours humide, exaltant une permanente touffeur qui la rend presque inhospitalière, s’il ne s’humanisait pas souvent pour se montrer alors généreux en exploitation forestière, plantations d’hévéa et de caféiers… » Cette description est simplement éblouissante, « Congo nde Mboka ».

Consultant l’impressionnant livre d’Albert Kabasele Yenga Yenga au sujet de La guerre de l’eau (Water War), j’ai pu bien lire que le bassin du Congo est, avec l’océan Pacifique occidental et le Bassin d’Amazone, un centre mondial de génération des précipitations. Colonne vertébrale intravertie en cours d’eau douce de la RDC depuis le bassin de Lualaba, du Kasaï, de l’Ubangi et du Congo Central, le fleuve Congo est une auto route fluviale qui arrose la forêt dense tropicale. Il est la réserve mondiale de la biodiversité, avec un matelas biomasse de 147 giga tonnes carbone sur pieds et 30 giga tonnes de tourbière bien enfouie dans les marécages, désenclavant l’arrière-pays de l’isolement géographique dû au manque criant des voies de communication. Le fleuve Congo est pour le Congo, la source principale d’énergie propre et renouvelable d’hydroélectricité sobre carbone et sobre déchets, avec, dans le futur proche, un ambitieux projet Grand Inga, capable de faire de ce pays, un leader mondial en énergie avec une production estimée à 100.000 Méga-watt (Kabasele Yenga Yenga, pp 39-44).

Au nord et sud de ce pays s’étendent de magnifiques vastes étendues herbeuses prêtes à accueillir de champs et cultures diverses : coton, arachide et des beaux troupeaux des bœufs. Ses rebords, étagés en gradins apportent à la note pittoresque, le ruissellement des rivières aux impétueuses huttes aux cascades que le soleil irise aux impressionnants rapides.

Vers l’Est, les vœux européens des premiers colons peuvent étonner en découvrant dans la faille gigantesque s’ouvrant sur Zambèze et le Nil, tout un chapelet de lacs qu’on baptisera Iben et Edouard d’où s’échappent déjà grandioses le Nil, lac Kivu et Tanganyika dont les eaux regorgent celles du Congo. C’est une région où s’étale en toute liberté une faune sauvage unique par son abondance et sa variété. C’est celle de forêt de l’Ituri et de grottes des Monts Hoyo et de l’énorme faune de Rwenzori, les « Monts de la lune » des Anciens avec ses Glaciers éternels et son pic Marguerite (5.119 m) le plus élevé d’Afrique après le Kilimandjaro et le Kenya. C’est une région de plantes vivrières, en toutes saisons au milieu d’un foisonnement des plantes à parfums, de flamboyants et d’hibiscus, de frangipaniers que butinent de minuscules oiseaux aux couleurs chatoyantes. C’est la région dont le sous-sol avec ses précieux gisements de cassitérites et d’or ne le cède en rien à cette exubérante végétation. C’est la région, enfin, de Virunga qui couronne le tout avec ses 8 volcans dont le célèbre Nyirangongo (3.470 m).       

Au sud du Congo, le Belge s’étonnera des plateaux où le café, les palmistes, les bananes et ananas peuvent prospérer ainsi que de nombreux troupeaux. Il y voit déjà des entreprises  de pêche active sur le lac Moero, le Lualaba et tous ses affluents. Il se rappelle la légende devenue vraie de richesses du sous-sol, véritable caverne d’Ali Baba où l’or, l’argent, zinc, cobalt, uranium et radium qui vont bientôt ouvrir la voie à de magnifiques possibilités industrielles. Particulièrement favorisé, le Kasaï verra mis à jour, rouler et briller de mille feux le pur diamant.

Dans le Bas-Congo, le Congo belge hérite d’une région au climat tropical avec ses deux saisons sèches et pluvieuses. Las de sa longue course, le fleuve assagi flâne dans le Stanley pool dans la gloire du soleil couchant. Mais dans la région du Mayombe est particulièrement riche de bois précieux, des palmiers à huile et des cannes à sucre, c’est aussi une région où on pouvait inventer une légende, à la suite de la controverse qui a suivi la création même du Congo et à l’indignation qu’il avait provoquée chez d’autres agents du grand capital, on peut dire, que les voisins européens de Léopold Il étaient prêts  d’envoyer auprès du Bon Dieu une déclaration chargée de lui présenter leurs griefs. A un seul et unique pays, disaient-ils Dieu avait tout donné : l’immensité du territoire, la forêt riche, les terres fertiles, faune et flore, plaines, sol et sous-sols, fleuve, poissons, climat, port ouvert. Etait-ce une manière de concevoir la justice divine? Dieu réfléchit à cette avalanche d’arguments et à son for intérieur admit qu’il avait eu en cette occasion la main lourdement généreuse. Alors, pour contrebalancer ces avantages et privilèges exorbitants, Dieu crée Léopold II et les Belges.

C’est le pays fabuleux dont la Belgique hérita en 1908. Par cet acte, elle va changer et son destin propre et celui d’un territoire plus qu’elle (80 fois), Les richesses de la colonie belge étaient faites pour susciter les convoitises, attirer les jalousies et faire naître la haine et les guerres.

« Le Congo scandale géologique », disent les uns. Plus disent les autres, c’est une « terre promise ». C’est un pays où « les montagnes sont d’airain », où le sous-sol regorge de toutes sortes de métaux et en particulier les métaux stratégiques constituant un enjeu pour toutes les puissances militaires. Grâce à ses mines, le Congo s’insère dans la production mondiale pour 15% de cuivre, 40% de germanium, 75% de diamant. L’or, le fer, l’étain, le chrome, le manganèse, le zinc, le cadmium, le charbon s’y trouvent en abondance.

C’est à ce Congo qu’un certain Edmond Picard pensait en 1908 en écrivant son poème romantique qu’il a intitulé « Notre Congo » dans Congo et les livres (p. 157).

« Nous l’avons gagné par nos peines et par nos poings

Il est peint du sang de veines

Dans tous les coins

Il n’est pas pour la cambriole

Ce fin Morceau

Ni pour que les mains le volent

Notre Congo

Complotant après nos batailles

Pour nous piller

Mais nous avons pour le défendre

Du poil ….au dos

Malheur à  qui voudrait le prendre

Oui,  le Congo est un « pays formidable » qui assurément intéresse déjà les Belges. Tous ceux qui ont parlé du Congo l’ont qualifié de « la plus belle colonie du monde » où l’on peut passer les « plus belles et plus utiles vacances. »

Plus, le Congo pendant la première guerre mondiale (1914-1918), était qualifié d’ « allié valeureux » au service de la Belgique en guerre. Déjà, à cette époque, à cause de ses richesses immenses connues, ce pays va susciter les convoitises étrangères, les jalousies diverses et aussi, va-t-il faire naître les haines et des guerres. Dès l’ouverture de la première guerre mondiale, la Belgique vit en sa colonie, une occasion de faire de bonnes affaires.

En deux de 1914-1918, le Congo avait doublé sa production de cuivre, d’or, de diamant, d’huiles de palme ; il a triplé celle de noix  palmistes. Durant cette période aussi, le Royaume Uni a bénéficié des immenses quantités de copal et de caoutchouc. Le petit livre de Walter Ford, la guerre totale au Congo est plein de renseignements là-dessus. Quand les analystes de cette période posent la question de savoir « Combien la Belgique a coûté au Congo ? » Moi je leur dis et bien, « Combien les alliés ont coûté au Congo ? » Consultant les messages de Pierre Ryckmans publiés sous forme d’un livre Message de guerre, j’ai scruté les allures martiales qu’avait cet auteur alors Gouverneur général le 24 juin 1940.

J’ai pu lire la fierté qu’il avait en proclamant la disponibilité totale de la colonie belge à l’égard des Alliés pendant la deuxième guerre mondiale. « Le Congo belge est, dans cette guerre, l’actif le plus important de la Belgique. Il est tout entier au service de la Patrie. S’il faut des hommes, il donnera des hommes ; s’il faut du travail, il donnera du travail, s’il faut qu’on change d’occupation pour s’orienter vers les productions nécessaires, nous ferons les changements voulus. Nous sommes tous unis de cœurs, de volonté et d’espoir ». C’est clair, le Congo est une colonie pas comme les autres. Il était prêt de fournir tout ce qu’il a comme richesses pour la cause des Alliés en guerre. Du point de vue de la richesse, ce pays est fabuleusement scandaleux, considéré par les puissances en guerre, comme un « arsenal stratégique de la guerre au service des alliés. La carte en annexe 2 et le tableau  en annexe 3 montrent avec éloquence cette situation.

Ce sont ces « héritages divins » qui, à grande échelle, seront mis, à l’époque des deux grandes guerres, au service de ce qu’on a pu appeler « l’effort de guerre ». Des guerres, qui, pour les Congolais, étaient celles des étrangers sur leur sol. Sir Staffort, dans son manuel Forminière, a bien parlé de « guerres des productions ». Léontide Mupepele a stigmatisé l’ensemble des richesses minérales congolaises, dans son livre bien documenté intitulé L’Industrie minérale congolaise. Chiffres et défis, publié chez l’Harmattan en 2012.

Au Congo on trouve de l’or et autour de ces minerais précieux existent des mines abondantes anciennes et nouvelles. Métal très précieux, on le sait très apprécié, noble et légendaire, il est inaltérable et inattaquable par les acides, ni par les oxydes, par l’air et par l’eau. Il garde son éclat de façon pérenne. Qui dans le monde, ne se laisse pas fasciné par ce métal tant convoité? Associé à la richesse et au pouvoir, ce métal est l’objet de la quête principale des alchimistes et occultistes… Aujourd’hui, il sert en majeur partie, de valeur de refuge et à ce titre, il est thésaurisé par les banques centrales du monde. Plus, autour de l’or, que des mythes… c’est le métal de bijouterie par excellence.

Le Congo est le pays de la cassitérite et de l’étain. Aucun autre métal commun ne peut être laissé en contact avec les aliments sans en altérer le goût, ou sans les rendre nuisible au goût, à la santé. Il a de nombreuses applications dans l’industrie alimentaire. Il sert à fabriquer des « feuilles d’étain » pour la conservation de la viande ainsi que du fer blanc nécessaire dans la conserverie des divers aliments. En électricité, le procédé dit « étannage » consiste à recouvrir une pièce d’une fine couche d’étain, garantit les bons contacts électriques. En mécanique, mélangé à du plomb, il sert à souder des pièces en cuivre, etc. C’est la soudure dit « brasure ». Il est utilisé ainsi dans les alliages servant à fabriquer des pièces des monnaies.

Le Congo est un pays du cuivre, sa production de tous les temps, est contrôlée par la gigantesque Union Minière du Haut Katanga, une vaste entreprise au colossal capital. Au monde, ce minerai occupe la cinquième place après les Etats-Unis, le Canada, le Chili et la Rhodésie. On sait que le cuivre est énormément utilisé dans la fabrication des armes et de toutes branches de la construction électrique, radio et installation radiotéléphoniques. Le laiton qui compose les douilles d’obus et le bronze qui trouve de nombreuses applications dans la construction navale et mécanique sont des alliages de cuivre. Que serait un bâtiment de guerre quittant la terre ferme sans être pourvu de milliers de fils de cuivre ? Réponse ! Sans importance. Le cuivre est un métal connu particulièrement pour être polymétallique dans ce sens qu’il est généralement associé au cobalt, au zinc, au cadmium, au plomb, à l’uranium, ainsi qu’à toute la kyrielle de métaux précieux et métaux rares dont l’or, l’argent, le germanium, le baryum, les platinoïdes etc… La province du Katanga est son bastion le plus célèbre.

Le cuivre est un métal mou, malléable, ductile; il est après l’argent, le métal qui possède la meilleure conductivité électrique et thermique très utilisée dans le domaine de transport et de transfert d’énergie. Il est le métal par excellence pour la fabrication des câbles et des fils électriques utilisés dans tous les domaines de l’industrie : électricité, électronique et télécommunication. Les alliages les plus connus sont : cuivre, zinc (laiton), cuivre-étain (bronze). On sait que ces alliages sont utilisés pour la fabrication des pièces mécaniques soumises aux frottements et à l’usure : coussinets, bosselures. Que serait les cloches sans la présence du bronze ? Même dans les constructions aéronautiques on trouve l’alliage du cuivre. Que dire de sa présence dans la fabrication des radiations.

Je comprends pourquoi le Congo est, de tous les temps si convoité par les « gros propriétaires » du monde. La ceinture dite de Copperbelt ébloui l’imagination des connaissances des « gros » industriels. Que dire de minerais de Tungstène (ou de Walfran) ? Ce produit nécessaire dans la fabrication des filaments des lampes électriques et qui entre dans la composition des aciers ultra-rapides autotrempants pour les machines-outils. Au Congo, on a ce produit. Le Congo est, au plus haut point, le pays de cobalt dont l’importance stratégique n’est plus à démontrer. C’est un métal dur d’un blanc argenté avec reflet gris. Il résiste à la corrosion. La plus grande utilisation réside dans la fabrication d’électrodes des accumulateurs alcalines au métal et au lithium pour les téléphones cellulaires, les ordinateurs, les turbines à gaz, les aimants à haute performance. Il est présent dans la Copperbelt du Katanga. Je reviendrai là-dessus dans les pages ultérieures.

Le Congo est le pays de l’uranium ; ce minerai hautement stratégique, on l’exploite par l’Union Minière au Katanga. A lui, on associe les recherches théoriques de la source d’énergie du radium, l’utilisation expérimentale du rayon X du polonium, les découvertes du neutron et de la radioactivité artificielle qui devrait conduire à la découverte de la fission et de la maîtrise de l’énergie nucléaire.  A lui, on associe le nom du célèbre physicien Juif Albert Einstein bien connu pour ses recherches en la matière. C’est à cause de l’uranium que ce savant fut surnommé le « papa » de la physique nucléaire. A lui, on associe aussi l’époque de la guerre, des noms célèbres comme le Président américain Roosevelt, le Comité consultatif pour l’uranium dirigé par le Directeur du National Bureau of Standards, Leyman James Briggs, le projet Manhattan dirigé par le richissime Robert Oppenheimer, les Alliés d’Adolphe Hitler, l’Italie et le Japon, Hiroshima et Nagasaki, Harold, Vexey, le prix nobel de chimie, Alexander Sachs, Gustave Lechier Directeur de la Division radium de African Netals basée à New-York, l’Union Minière et Edgar Sergier… Tous ces noms rappellent la tristement célèbre bombe atomique vue comme l’ « arme de la colère fatale » et de « l’orgueil atomique ». Tout cela autour du Congo. Eh l’histoire n’est pas finie.

Le Congo est riche en coltan (colombo-tantalite). Pour ce minerai, j’en parle un peu plus loin, dans le chapitre « silence on pille ». D’une importance extrêmement stratégique, déjà pendant la deuxième guerre mondiale, vu sa rareté sur son territoire, le gouvernement américain avait décidé de le placer sous le contrôle  du War Production Board (Ordre R. 156) qui est un organisme chargé de l’approvisionnement des matières critiques. En 1943, il est déclaré « one of the most critical metal of war II ». Avec cette disposition secrète, le Congo-Belge va faire l’affaire en fournissant aux Etats-Unis le Colombo – tantalite. Pour la petite histoire, l’appellation « coltan », aujourd’hui d’usage courant dans presque toutes les langues, est d’origine congolaise. Il s’agit d’une abréviation utilisée par les ingénieurs de la SOMINKIN, en lieu et place de colombo-tantalite, jugé trop long. Le tantale, quoique rare est un métal lourd et, est le composant qui porte le plus de valeur. De ce fait, dans le contexte minéral, le coltan est toujours vendu pour sa tantalite.

Le tantale lui-même est d’un aspect gris-bleu, ductile, très dur, très résistant à la corrosion des acides, réfractaire, mais bon conducteur de chaleur et d’électricité. A cause de sa rareté, mais aussi du fait de sa gamme de propriétés impressionnantes, le tantale est un élément stratégique dans bien des domaines de la haute technologie. A 68%, on l’utilise dans l’électronique dans la fabrication des condensateurs électrolytiques secs. Très performant et extrêmement miniaturisés, ils sont utilisés dans les téléphones portables de la troisième génération, dans les ordinateurs et les caméras portables, dans les appareils photos, les consoles de jeu, dans les technologies de pointe comme l’aérospatiale, l’armement, le transport électrique. Il est aussi utilisé pour la production des écrans à cristaux liquides, des GRS etc.

Dans l’industrie chimique, les aciers au tantale sont utilisés dans les réacteurs chimiques, le transport des fluides corrosifs et les changeurs des chaleurs, pour leurs propriétés de résistance à la corrosion et à la température. En sidérurgie, il sert d’additif dans l’élaboration des superalliages pour la construction des équipements fonctionnant en milieux très exigeants thermiquement au fait chimiquement comme les aubes des turbines des réacteurs d’avion ou celles des turbines à gaz. En médecine, du fait de son caractère très compatible, il sert à la fabrication de fraise dentaire et d’outils chirurgicaux  et aussi  d’implants dentaires, de prothèses, d’agrafes, … En mécanique, enfin,  le tantale est utilisé  pour la fabrication d’outils de coupe.

En RD Congo, le coltan, encore le coltan se rencontre principalement dans les trois anciennes provinces de l’ex-Kivu, exploité jusqu’en 1996 par la SOMINKI et dans le Nord Katanga, principalement dans la région de Manono, anciennement exploitée par Zaïre-Etain. La richesse du Kivu en coltan, explique en gros la guerre dans cette province de la RD Congo.

Le Congo est riche en diamant surtout les diamants industriels dont on connaît l’importance. Ils sont utiles pour être employés dans le processus et les fraiseuses. Sous la forme de filières servant à la production de fils métalliques fines, ils sont également d’une importance capitale pour l’industrie de la radio et de l’électricité. Pendant toutes les années de la deuxième guerre mondiale, par exemple, le Congo à lui tout seul a fourni aux Alliés des diamants nécessaires dans la fabrication des machines-outils, diamants capables d’attaquer les aciers spéciaux les plus durs. Les Américains en savent quelque chose là-dessus. Les diamants sont nécessaires pour leurs usines des minutions au même niveau que le cuivre, le cobalt  et l’étain.

Pour sa beauté, le diamant est un symbole de richesse et par ses qualités exceptionnelles de dureté, un adjuvant essentiel à plusieurs industries. Son exploitation demeure, avec celle de cuivre, un des fleurons de l’industrie. Le diamant est une pierre transparente translucide. Quand il n’est pas incolore, il peut prendre différentes couleurs : de gris à vert, en passant par le bleu, le rose, le brun, le rouge… Magnétiquement non radioactif, il est extrêmement dur et alors dense relativement. En joaillerie on recourt à lui pour sa beauté, sa forme, sa couleur, sa pureté ainsi que sa grosseur. C’est la pierre la plus précieuse du monde. Le diamant industriel est consommé dans l’industrie des bijoux et tout autre outil de coupe de tout genre notamment des couronnes pour forage, les coupe-verres, les bistouris pour des incisions ophtalmologiques. La place de diamant est appréciable en chimie et en électronique à cause, notamment,  de sa résistance à la corrosion, de sa transparence et ses propriétés thermiques. Le Congo est l’un des gros producteurs du diamant au monde.

Que dire de manganèse qui est fourni uniquement par l’Union minière du Haut Katanga (UMHK). Pendant la deuxième guerre mondiale, par exemple, il était de toute importance, car il entre dans la production des fers alliages ultra rapides. C’est un métal très blanc argenté, utilisée surtout en sidérurgie. A cause de sa résistance à la corrosion, il est additionné dans les alliages de bronze servant à la fabrication des hélices et gouvernails des vaisseaux de mer. En médecine, il entre dans la préparation de permanganate de potassium, connu sous forme des comprimés de couleur violet sombre et aux propriétés nettoyants appréciées. En biologie, ses propriétés d’oligo-éléments sont exploitées pour la production des engrais et des médicaments à base de vitamines B1. Dans l’industrie chimique, il sert comme pigment noir, dans la fabrication des colorants et des peintures à fond brune foncée ou noire.

On dirait la même chose pour du plomb, encore une fois, pendant la deuxième guerre mondiale ; de fortes quantités de plomb ont été requises pour la fabrication de graines de câbles électriques, d’accumulation pour armes portatives et d’accumulateurs. Outre leurs utilisations bien connues dans les moteurs à essence et dans les appareils de radio, lesquels se trouvent au cœur même des armées modernes, les accumulateurs fournissent la force motrice des sous-marins tant qu’ils sont submergés. Les Alliés en ont hautement besoin. Au Congo on trouve le zinc, qui entre dans la composition du laiton dont sont forgées les douilles de cartouche et d’obus. Le palladium se trouve au Congo et les Alliés en ont eu besoin pour la fabrication d’échelles de graduation exactes et inaltérables pour les instruments scientifiques.

Même le platine du Congo intéresse les puissances en vue de son emploi comme catalyseur pour accélérer le procédé de fabrication des acides sulfurique et nitrique qui sont à la base de la plupart des explosifs brisants, dont le mitrocoton, le trinitrotoluène, la nitroglycérine et la cordite.  Il est très coûteux. Son emploi est toutefois, toujours indispensable pour les contacts d’appareils électroniques, les ustensiles de laboratoire, les instruments astronomiques, et les pyromètres qui permettent le contrôle de certaines opérations sidérurgiques. L’extraction du minerai de platine se fait au Congo par le Comité National du Kivu, par les Mines d’Or du Kindu, et encore une fois par l’Union Minière du Haut Katanga.

Le Congo peut bien être fier de posséder dans son sous-sol de l’argent. Et les Américains en ont eu énormément besoin surtout à la période de guerre. En effet, depuis que la guerre  a ébranlé la confiance que mettaient les économistes dans l’or, comme seule base possible d’un système de finances saines, l’argent est d’autant moins considéré comme garantie de la circulation fiduciaire. Aux Etats- Unis, la législation bimétalliste du «New Deal » » n’est pas  rapportée, mais elle commence à être infirmée en pratique. M. Morgenthau a, en effet, autorisé à prélever sur les stocks du trésor une quantité d’argent qui servira à la fabrication de « barres omnibus », grosses tiges conductrices qui relient les unités de matériel électrique dans certaines industries., et qui sont composées ordinairement de cuivre, il y a lieu de prévoir que cette tendance à utiliser davantage l’argent dans l’industrie doit s’accentuer, et que l’argent du Congo sera consacré en replacement de l’étain dans les soudures et dans les alliages antifriction. Aujourd’hui, ce métal précieux est apprécié pour son éclat particulier. Il a de nombreuses applications en bijouterie, joaillerie et orfèvrerie. Il sert aussi dans le battage de monnaie. Aussi, sert-il à la fabrication des pierres et des médailles symboliques de certaines monnaies. On le stocke souvent dans les réserves des banques où, comme l’or, il sert de valeur de refuge.

Au Congo on trouve les métaux de terre rares tels que le niobium, dit également Columbium et le tantale qui rentrent dans la fabrication des filaments de lampes électriques. Les gisements de ces métaux au Congo sont exploités par la société Minière de Kaniama et par la société Géomines de Manono. Il y a aussi le Titane, le thorium, le Cérium, l’Yttrium et la lanthane qui proviennent des mines de la Compagnie Minière du Congo Belge. Les applications de ces métaux de terre rares sont diverses et non sans importance. Le cérium par exemple, fait partie de soi-disant « pierres à feu » pour briquets et allume-gaz. Il entre également dans la fabrication des manchons à incandescence, et un de ses dérivés est utilisé en médecine. Le titane est utilisé normalement dans la fabrication des couleurs  et dans d’autres multiples applications. La concession de la Compagnie Minière de Grands Lacs Africains présente des couches de rutile ayant une teneur de 94 p.c en titane, et la société Sominki possède des gisements de bastnaésite, source de cérium et lanthane.

En plus le Congo ne possède pas seulement les richesses mentionnées ci-dessus, on y trouve également, et en abondance, les produits nécessaires aux industries autres que minières : Acide sulfurique, huiles hydrolysées, glycérine industrielle, cheddite (explosif), savon, tissus. On y trouve les produits de règne animal et végétal tels que le riz, maïs, farine de manioc. Des arbres, arbustes et lianes capables de fournir du caoutchouc poussent abondamment à l’état spontané. Le Congo est riche en espace forestier, et on connaît l’importance du caoutchouc dans les industries automobiles et autres. Quoi dire du rendement d’hévéa qui s’accroît au vu d’œil. Au Congo il y a du coton très demandé  par les industries de ce genre à travers le monde.

Les arachides aussi, on le sait bien que les mâcher, on se rend pas souvent compte que celle-ci constituent un produit industriel de plus précieux dont on utilise jusqu’à l’écorce. Avec leur noix, on fabrique de l’huile comestible et les margarines sous plusieurs formes, avec la graisse qui en résulte on fabrique les savons. De plus, le déchet solide convient à la production de tourteaux pour l’alimentation du bétail. Plus, le traitement chimique de l’écorce  donne le glucose, l’acide acétique, et autre sous-produits de valeur.

Au Congo, on trouve, en termes de richesses, de noix palmistes et huile de palme. Grands comme des prunes, les fruits rouges et jaunes du palmier droit et élancé. Ils servent en général aux mêmes usages que les arachides : l’huile de palme de qualité supérieure, provenant le plus souvent des amendes est transformée en margarine, alors que d’autres qualités dérivées de la pulpe extérieure passent aux savonneries et industries connexes.

Au Congo, il y a le pyrèthre, cette plante vivace, à fleurs blanches et à fluides composées, dont les pétales séchées et pulvérisées, favorisent un insecticide.

Que dire du sucre,  du café, des succédanés du jus, de la soie, du quinquina, du soja, de l’huile de bois de chêne ? Cette dernière richesse est utilisée notamment,  dans la fabrication de vernis calorifuges, d’émaux siccatifs, de rubans de frein, de matières isolantes pour l’électricité, et de nombre d’autres produits.

Jean Kambayi Bwatshia

Professeur Emérite, Recteur de l’Institut Facultaire

 Des  Sciences de l’Information et de la  Communication

Directeur du Centre de Recherche sur les Mentalités et

l’Anthropologie Juridique « Eugemonia »

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