16 février 1992 – 16 février 2026, trente-quatre ans s’écoulent depuis le massacre des chrétiens qui revendiquaient, au régime du président Mobutu, la réouverture de la Conférence Nationale Souveraine, gage d’une démocratie naissante dans le pays. Dans une déclaration officielle publiée ce jour, le Conseil de l’Apostolat des Laïcs Catholiques du Congo (CALCC) a fait une autopsie des retombées de ce massacre qui a emporté des nombreuses vies humaines et appelle donc au dialogue inclusif car, selon lui, «il n’y aura pas de paix véritable sans conversion nationale. Sans introspection collective. Sans vérité assumée», estimant que «chaque jour sans dialogue coûte des vies. Chaque retard blesse la Nation. Chaque silence nourrit la violence».
Lire, ci-dessous, l’intégralité de la déclaration.
Déclaration du Conseil de l’Apostolat des Laïcs Catholiques du Congo (CALCC) pour honorer le mémoire des martyrs du 16 février 1992 et pour réclamer la paix durable en RDC par le dialogue inclusif
Mesdames et Messieurs,
Chers frères et sœurs,
Peuple de Dieu, Peuple du Congo,
En ce jour de mémoire et de prière, nous, chrétiens, combattants de l’espérance, nous nous tenons devant Dieu et devant l’histoire, trente-quatre ans après la marche prophétique du 16 février 1992.
Ce jour-là, nos pères, nos mères, nos devanciers sont sortis des Églises sans armes.
Ils ont affronté les balles par la prière. Ils ont défié la dictature par la foi. Ils ont opposé à la violence la vérité. Ils ont répondu à la mort par l’espérance.
Ils ont marché pour la lumière, celle qui éclaire les consciences. Ils ont marché pour la dignité, celle qui relève l’homme. Ils ont marché pour le bien-vivre ensemble, celui qui fonde la fraternité et construit la paix dans les familles, dans les communautés, et dans toute la Nation.
Nos devanciers sont tombés. Mais ils n’ont pas échoué. Leur sang a fondé notre conscience. Leur mort a enfanté notre responsabilité. Leur sacrifice nous oblige.
Et aujourd’hui, que faisons-nous de cet héritage sacré ?
Notre pays saigne encore. Notre peuple pleure et notre avenir tremble toujours.
À l’Est, les armes parlent sans cesse. Dans les cœurs, l’espérance vacille. Dans la vie publique, la confiance s’effondre. Dans les foyers, les larmes coulent. Dans les camps de déplacés, la souffrance règne.
La République démocratique du Congo est fatiguée de promesses. Fatiguée d’attendre. Fatiguée de survivre. Elle veut vivre. Elle veut guérir. Elle veut se relever.
Et nous proclamons aujourd’hui : Assez de mensonges ! Assez de silences ! Assez de calculs politiques sur la misère et sur les tombes du peuple ! Assez de gouverner avec les larmes des innocents ! Assez de négocier avec la souffrance des victimes !
Nous le disons avec foi et lucidité : le Congo doit s’arrêter, regarder son histoire en face, et interroger les causes profondes de ses malheurs.
Car la guerre interroge notre conscience. Elle questionne notre intelligence patriotique. La guerre révèle notre amour – ou notre indifférence – pour la patrie.
Il n’y aura pas de paix véritable sans conversion nationale. Sans introspection collective. Sans vérité assumée.
D’où venons-nous ? Que sommes-nous devenus ? Que voulons-nous faire de notre pays ? Où allons-nous ? Ces quatre questions sont le socle du Pacte Social pour la Paix et le Bien-Vivre Ensemble, porté par la Conférence Épiscopale Nationale du Congo et l’Église du Christ au Congo.
À travers le dialogue des communautés, le dialogue des experts, le dialogue politique inclusif, et le dialogue des Grands Lacs, les Églises Catholique et Protestante ouvrent un chemin de renaissance morale, intellectuelle et interculturelle.
Nous rendons grâce à Dieu pour cette voie prophétique. Leur voix est pastorale. Leur démarche est courageuse. Leur engagement est prophétique. Leur combat est un sacerdoce de paix.
Ils refusent de bénir l’injustice. Ils refusent de sacraliser la violence. Ils refusent de trahir la conscience du peuple.
Excellence Monsieur le Président,
L’histoire vous regarde. Les martyrs vous parlent. Le peuple vous attend.
Dieu vous confie aujourd’hui une responsabilité sacrée. Ce moment est plus grand qu’un mandat.
Plus grand qu’un parti. Plus grand qu’un pouvoir.
Ouvrez le chemin du Pacte Social. Convoquez la Nation. Rassemblez les enfants du Congo.
Que tous se retrouvent : majorité et opposition, jeunes et anciens, civils et combattants, riches et pauvres, centre et périphéries, pour choisir ensemble la paix et bâtir le bien-vivre ensemble.
Ne pas construire ce Pacte, c’est laisser la violence gouverner. C’est laisser le désordre régner. C’est abandonner l’avenir.
Le sceller, c’est choisir la sagesse. C’est choisir le bon sens. C’est choisir la grandeur du Congo. C’est choisir la puissance créatrice de la non-violence.
Notre non-violence n’est pas faiblesse. Elle est force spirituelle. Elle est courage moral.
Elle est résistance prophétique. Elle est fidélité à l’Évangile. Elle dit non à la haine. Non à la vengeance. Non aux armes. Et elle dit oui à l’amour. Oui à la justice transitionnelle. Oui à la réconciliation. Oui à la cohésion nationale.
En marche vers le dimanche des Rameaux, symbole de l’entrée humble et victorieuse du Christ à Jérusalem, nous marcherons avec foi, dignité et fermeté.
Nous marcherons pour dire que l’attente du peuple ne peut devenir une éternité. Nous marcherons pour offrir à la Nation le fruit de notre prière, de notre jeûne, et de notre engagement.
Dès ce 16 février, nous intensifierons la foi, la mobilisation des chrétiens, et la préparation spirituelle et citoyenne. Nous allons marcher non pas détruire mais pour reconstruire. Non pour combattre mais pour guérir. Non pas pour diviser mais pour rassembler. Non pas pour chercher la confrontation mais pour chercher la refondation.
Et nous proclamons devant Dieu : Chaque jour sans dialogue coûte des vies. Chaque retard blesse la Nation. Chaque silence nourrit la violence.
Que l’esprit des martyrs nous habite. Que la sagesse de Dieu éclaire nos dirigeants. Que la paix devienne la vocation de tous. Pour la cessation immédiate, totale et définitive des hostilités. Pour un Congo réconcilié avec lui-même. Pour une paix durable. Pour un bien-vivre ensemble réel, vivant et irréversible.
Que vive la mémoire des martyrs.
Que vive l’unité du peuple congolais.
Et que Dieu bénisse notre Nation.
Pour le Conseil de l’Apostolat des Laïcs Catholiques du Congo, CALCC
Faustin Richard ONOMBILI YANDO
Président