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RD Congo : un rebasage du PIB propulserait le pays dans le top 5 des économies d’Afrique subsaharienne

Par La Prospérité
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La richesse produite par la RDC est très largement sous-estimée, le pays étant le seul parmi les dix premières économies d’Afrique subsaharienne à utiliser une base de calcul vieille de deux décennies. Un rebasage du PIB ferait alors presque doubler son niveau officiel actuel, le propulsant à un niveau comparable à celui du Kenya. Cette mise à jour est notamment nécessaire à l’élaboration d’une politique de développement efficace, qui ne peut se faire sans une connaissance plus précise de l’état réel de l’économie et des flux financiers en circulation.

Selon les dernières estimations du FMI, publiées en octobre dernier, le PIB nominal de la RDC s’élèverait à 82,3 milliards de dollars pour l’année 2025, plaçant le pays à la neuvième place en Afrique subsaharienne (et la douzième au niveau continental). La RDC se classe ainsi juste derrière la Tanzanie (87,4 milliards), et loin derrière le Kenya qui arrive en troisième position, après l’Afrique du Sud et le Nigeria (136 milliards).

Pour rappel, le PIB nominal est un indicateur permettant de mesurer la taille totale d’une économie. Par conséquent, il dépend en bonne partie de la taille de la population du pays concerné, dont il ne reflète alors souvent pas le niveau réel de dynamisme et de développement. Ainsi, la prise en compte du PIB nominal place systématiquement les pays les plus peuplés en bonne position dans les classements internationaux en la matière, même s’ils sont moins développés que leurs voisins. Ce qui bénéficie notamment à des pays comme le Nigeria et l’Éthiopie, qui font pourtant partie des pays les plus pauvres du continent (respectivement classés 34e et 41e en matière de PIB par habitant en 2025, très loin derrière la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Kenya). L’utilisation de cet indicateur est donc de nature à bénéficier également à la RDC, troisième pays le plus peuplé d’Afrique subsaharienne (114 millions d’habitants, derrière l’Éthiopie, seconde avec 137 millions d’habitants).

Un PIB largement sous-estimé

Aujourd’hui encore, la RDC continue à utiliser l’année 2005 comme année de référence pour le calcul de la richesse produite annuellement sur son territoire. Elle est ainsi l’un des rares pays africains, et le seul parmi les dix premières économies subsahariennes, à s’appuyer sur une base de calcul aussi ancienne, contrairement à la plupart des pays africains qui effectuent des mises à jour à une dizaine d’années d’intervalle. Ainsi, l’année de référence est fixée à 2015 pour la Côte d’Ivoire, 2016 pour le Kenya, 2019 pour le Nigeria, ou encore 2021 pour le Sénégal.

La méthode utilisée par la RDC est donc particulièrement obsolète, ne prenant pas suffisamment compte de nombreuses activités économiques (voire pas du tout, dans certains cas), et notamment celles liées à des secteurs ayant émergé sur la scène internationale au cours des vingt dernières années, comme le numérique. Or, les différentes opérations de rebasage ayant été menées par des pays africains utilisant une base assez ancienne, et connus pour la faiblesse de leur administration publique, ont à chaque fois permis d’augmenter considérablement le niveau officiel de leur PIB. À titre d’exemple, celui-ci avait bondi de 89 % au Nigeria lorsque le pays avait effectué un rebasage en 2014, en remplaçant l’année 1990 par 2010 en tant qu’année de référence. Plus récemment, la Guinée a vu son PIB brusquement augmenter de 51 %, en octobre dernier, en se basant désormais sur l’année 2018, au lieu de 2006 précédemment. Ces hausses spectaculaires ont notamment été permises par la prise en compte partielle de l’économie informelle, qui continue toutefois à échapper en bonne partie aux statistiques officielles, comme partout ailleurs sur le continent.

Par conséquent, un rebasage du PIB de la RDC qui s’appuierait sur une année de référence bien plus récente, comme par exemple l’année 2023, permettrait probablement de presque doubler le PIB nominal du pays, le propulsant à un niveau se situant à environ 150 milliards de dollars. Soit un niveau comparable à celui du Kenya, actuellement estimé à 136 milliards de dollars pour l’année 2025, mais qui s’élèverait à environ 160 milliards de dollars en cas de rebasage identique.

La RDC se classerait alors au cinquième rang des économies d’Afrique subsaharienne, en dépassant la Tanzanie, le Ghana, la Côte d’Ivoire et l’Angola. Elle réintégrerait ainsi le top 5 dont elle faisait déjà partie dans les années 1960, au lendemain de son indépendance. Le pays devrait ensuite assez rapidement dépasser le Kenya, compte tenu de son rythme de croissance supérieur et de sa population bien plus importante (progression annuelle du PIB de 5,8 % sur la période de douze années 2014-2025, contre 4,7 % pour le Kenya).

La RDC fait d’ailleurs partie de l’Afrique subsaharienne francophone, qui constitue globalement la zone économiquement la plus dynamique du continent. Ce vaste ensemble de 22 pays a réalisé en 2025 le niveau de croissance le plus élevé d’Afrique subsaharienne pour la douzième année consécutive, affichant ainsi une progression annuelle de 4,1 % sur la période 2014-2025, contre seulement 2,1 % pour le reste de l’Afrique subsaharienne. Et ce, tout en maîtrisant davantage l’inflation, comme depuis plusieurs décennies (taux annuel de 4,2 % sur la même période, contre 19,8 % pour le reste de l’Afrique subsaharienne), et en affichant le niveau d’endettement le plus faible pour la neuvième année consécutive (dette publique estimée à 51,6 % du PIB en 2025, selon le FMI, contre 64,6 %).

L’importance du rebasage du PIB pour la RDC

Une mise à jour de la méthode de calcul du PIB entraînerait donc une hausse très importante du niveau de la richesse officiellement créée par le pays, qui devrait ainsi presque doubler tout en replaçant le pays parmi les cinq principales économies d’Afrique subsaharienne. De même, le PIB par habitant se situerait alors à environ 1 400 dollars (contre officiellement 772 dollars actuellement), faisant ainsi sortir la RDC de la liste peu enviable des dix pays les plus pauvres du continent, où sa présence actuelle est purement artificielle et injuste.

Un rebasage du PIB permettrait d’ailleurs à la RDC de dépasser alors le Nigeria, qui se classe à la 34e place continentale en 2025 avec un niveau de seulement 1 200 dollars. La seconde place qu’occupe le Nigeria dans le classement des économies d’Afrique subsaharienne, après l’Afrique du Sud, n’est donc due qu’au poids démographique du pays, et non à ses performances économiques. En effet, le Nigeria n’a connu qu’un taux de croissance annuel de 1,9 % sur la période 2014-2025, ce qui place le pays, en réalité, parmi les moins dynamiques du continent. Son rythme de croissance économique a ainsi été largement inférieur à celui de la RDC, qui le dépasse désormais nettement en matière de PIB par habitant (en se basant sur une année de référence récente et identique), et qui pourrait donc le dépasser également en matière de PIB nominal, à moyen terme.

Mais au-delà de cette évolution spectaculaire au niveau des classements continentaux, la mise à jour des données relatives au PIB est d’autant plus importante pour le pays qu’elle est nécessaire à l’élaboration de toute politique de développement cohérente et efficace. En effet, la mise en œuvre d’une politique de développement nécessite la connaissance préalable de la situation réelle de l’économie nationale, à travers l’identification et la prise en compte des différentes activités économiques et des flux financiers circulant dans le pays. Une connaissance qui est notamment nécessaire pour pouvoir établir une politique fiscale adaptée et déterminer les recettes potentielles de l’État. Par ailleurs, l’augmentation significative du PIB qui résulterait de l’opération de rebasage, ferait automatiquement baisser le niveau d’endettement du pays (qui est déjà l’un des plus faibles du continent), ce qui est de nature à attirer davantage les investisseurs et bailleurs de fonds étrangers, et à augmenter ainsi les capacités de financement de l’État, tout en faisant parfois baisser les taux d’intérêt.

Selon les dernières informations publiées par le FMI, des travaux de rebasage du PIB sont actuellement en cours en RDC, fixant l’année 2022 comme nouvelle base de calcul. Cette mise à jour, qui devrait être finalisée en fin d’année, permettra ainsi au pays d’occuper un rang reflétant bien mieux son poids réel au niveau régional et africain, tout en l’aidant à mieux définir ses politiques de développement.

Ilyes Zouari/CP

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